lundi 19 décembre 2011

Le Figaro, Anne Jouan et Servier

Curieusement, alors que la loi sur le médicament devrait être votée le 19 décembre, ma consœur Anne Jouan, sort, encore (est-ce un hasard ?) un papier à charge contre Servier qui aurait payé grassement un spécialiste du médicament. Sincèrement, je n'en sais rien. En revanche, la méthode est grossière.
A chaque fois qu'une décision importante dans le procès du Mediator et de Servier est annoncée, ma consœur apparaît comme par enchantement. Chez France Info, c'est en général Pauline Parmentier qui s'y colle pour les bidonnages.  Mais là, je dois avouer que c'est bien joué. Juste le 19 décembre ! A croire que les stratèges en communication de chez Euro RSCG ont insisté suffisamment pour que le rédacteur en chef du Figaro cède sous la pression. A moins que Xavier Bertrand lui-même ne soit intervenu. C'est vrai que le Figaro a, depuis le début, choisi le camp du règlement de compte plus que de l'information des Français. Car dans ce papier contraire à la plus élémentaire règle d'éthique journalistique, ma consoeur se garde bien d'avancer la moindre preuve... "Selon nos informations ?" Bien entendu la journaliste ne citera pas ses sources... Trop compliqué ? Cela pourrait s'appeler aussi un petit arrangement entre amis... A quand la prochaine buche de Noël ?


Anne Jouan

vendredi 16 décembre 2011

La dangereuse stratégie de conquête de Xavier Bertrand


Internet révèle parfois des perles rares, de celles qui dénoncent la calomnie, la compromission voire la prévarication. Ainsi de cet article paru sur AgoraVox le 14 décembre 2011 et intitulé « Quand l’Elysée gâche la fête et les vieilles amitiés » . Signé Gérard Bouchard (un pseudo à l’évidence, sans doute en hommage au sketch de Jean-François Derec), qui me permettra sans aucun problème de le reproduire ici et auquel je ferai quelques commentaires complémentaires. En effet, je ne peux que m’étonner que mes collègues journalistes ne saisissent pas cette merveilleuse opportunité de mettre en avant les dérives de la République.


Xavier Bertrand








[Texte Agora]
La lettre Espace Social Européen n°41 du 12 décembre 2011 vient de nous apprendre que Xavier Bertrand, ministre du Travail de l'Emploi et de la Santé a tenté d'inaugurer une étrange partie de chaises musicales en tentant de limoger le Directeur Général de la Santé pour le remplacer par le très à gauche directeur de campagne d'Arnaud Montebourg, Aquilino Morelle.
Oui mais l'Elysée ne l'a pas vu d'un si bon œil !
Le Dr Jean-Yves Grall avait été nommé le 11 mai 2011 en Conseil des ministres, Directeur Général de la Santé auprès de Xavier Bertrand.
7 mois après, Xavier Bertrand a subitement décidé de le remplacer par Aquilino Morelle. Cette pioche à gauche du PS a de quoi surprendre en pleine période électorale.

[Commentaire] : Effectivement, chacun peut s’interroger sur les liens qui unissent Xavier Bertrand (homme de droite) et Aquilino Morelle (homme de gauche) ? Il est vrai que l’actuel ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé n’en serait pas à une première alliance contre nature comme le rappelle si bien l’ouvrage de Ian Hamel « Xavier Bertrand, les coulisses d’une ambition », (Editions L’Archipel, février 2010). Un ouvrage dense et détaillé, passé quasiment inaperçu depuis, tant la contre-communication du Ministre s’est développée pour l’étouffer. Souvenons-nous de cette interview conduite par mon collègue du Courrier Picard et diffusée sur Public Sénat , moment d’anthologie au demeurant, où Xavier Bertrand renvoie dans les cordes ce journaliste patelin qui osait lui demander son avis sur l’improbable hagiographie de Ian Hamel… Donc pourquoi  un échange politique avec Aquilino Morelle et en remerciement de quoi ?



Aquilino Morelle







 [Texte Agora]
Aquilino Morelle, médecin énarque est un spécialiste des allers-retours entre le privé et la fonction publique.
Son premier poste le mènera à l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) où il aura à se pencher sur l'affaire du sang contaminé.
Il deviendra ensuite "la plume de Jospin" entre 1997 et 2002 avant d'intégrer l'agence de communication Euro RSCG en 2004 pour en monter la branche santé après avoir postulé en vain dans plusieurs laboratoires pharmaceutiques.
Il réintègrera par la suite l'IGAS.
Il brigue actuellement une investiture du Parti Socialiste dans une circonscription occupée par un député sortant âgé de plus de 67 ans (Tony Dreyfus à Paris ou encore dans le Pas-de-Calais), une disposition spécialement créée par Arnaud Montebourg pour son ancien directeur de campagne, Morelle.

[Commentaire]:
Ajoutons qu’Aquilino Morelle a aussi écrit un livre sur la « défaite de la santé publique » , puis également un Que sais-je (la santé publique),  coécrit avec Didier Tabuteau. Monsieur Morelle a surtout aussi été le principal acteur du rapport de l’IGAS dans l’affaire du Mediator.
Précisons qu’Euro RSCG est par ailleurs l’agence de communication du groupe Sanofi, son principal client. Nous indiquerons aussi que ce même pôle santé chez Euro RSCG est aujourd’hui dirigé par Michel Bettan, ancien directeur de cabinet à l’UMP de Xavier Bertrand.


Michel Bettan








[Texte Agora]
Cette proposition a suscité une vive émotion dans la majorité, qui a poussé l'Elysée à bloquer cette nomination par la voix de Jean Castex, Secrétaire Général Adjoint de la Présidence de la République et par ailleurs ancien Directeur de Cabinet de Xavier Bertrand lui-même.

[Commentaire]
Dans le jeu cruel du politique, on pourrait imaginer l’hypothèse suivante : et si Xavier Bertrand avait demandé lui-même de bloquer la nomination d’Aquilino Morelle, celle-ci faisant trop désordre dans cette période pré-électorale et pouvant nuire, à terme, au parcours politique du ministre de la Santé qui doit aussi se préserver à droite ? Personne n’en doute,  Xavier Bertrand a une ambition politique pour 2017. Et cela ferait tâche que ce futur candidat soit rattrapé par une affaire aussi grave que celle du sang contaminé. Même s’il s’appuie sur les cohortes d’Euro RSCG, il risque de rencontrer la justice, il suffit de demander à jacques Chirac... En effet comment obtenir une réponse à cette question : pourquoi en 2006, alors qu’il était déjà Ministre de la Santé, n’a-t-il pas suspendu la commercialisation du Mediator ? Même Roland Sicard, journaliste à France 2 n’a pas réussi à obtenir cette réponse. (voir l’émission les 4 vérités, France 2, 01-12-2010)

[TEXTE AGORA]
L'information a évidemment filtré, d'autant qu'elle a laissé perplexes quelques personnalités qui en ont eu connaissance :
- Tout d'abord l'actuel titulaire de la DGS qui ne comprend pas ce qu'on lui reproche ;
- Les amis de "Morelle" qui se demandent pourquoi il a accepté le principe d'une telle nomination à quelques mois des élections présidentielles
- L'Elysée qui y voit le retour d'un deal passé au moment du célèbre rapport d'Aquilino Morelle sur le Mediator, commandé par Xavier Bertrand, d'autant que sa partenaire à l'IGAS, Anne-Carole Bensadon avait elle-même été pressentie pour devenir son adjointe à la DGS.
- L'Elysée et certains amis de Bertrand qui voient là une manière par l'intéressé de préparer l'avenir, y compris avec la gauche en ces temps incertains.
Décidément l'Elysée a bien changé depuis ses promesses en 2007 d'ouverture politique, tandis que Xavier Bertrand fidèle à ses habitudes sait faire preuve de gratitude vis-à-vis de ceux qui lui sont venus en aide...

[Commentaire
Mais quel deal pourrait-il y avoir entre Xavier Bertrand et Aquilino Morelle ? Comme le rappelle l’article, M. Morelle a instruit à charge le rapport de l’IGAS, rapport rédigé en 6 semaines, sans entendre toutes les parties prenantes, sans entendre non plus les laboratoires Servier et ce, contre toutes les règles d’éthique et de déontologie de l’IGAS.

Ce rapport est probablement la clef de voute de toute cette affaire puisqu’il avait surtout un objectif : préserver Xavier Bertrand. Il faut rappeler une nouvelle fois  que Xavier Bertrand a signé le protocole de déremboursement du Mediator en 2006 et qu’il est aujourd’hui opportun de masquer une telle responsabilité dans une logique politique. Dans le même esprit, M. Morelle se devait de protéger la Direction Générale de la Santé et l’AFSSAPS, organismes directement rattachés au même ministre.
Il lui faut donc allumer des contrefeux. Un obscur médecin de Brest va lui fournir une formidable opportunité : tout diriger contre le Mediator et les laboratoires Servier grâce à Irène Frachon, dont les contradictions dans ses écrits depuis trois ans, ne cessent d’apparaître au grand jour. Elle aussi coachée par les équipes d’Euro RSCG afin de « maîtriser sa communication », appuyée par un allié politique, en la personne du député Bapt et de sa mission d’information parlementaire fortement soutenue par Xavier Bertrand lui-même, les écrans de fumée se multiplient.  Tous ces acteurs pantins deviennent donc, bon gré mal gré, les alliés objectifs de Xavier Bertrand qui poursuit sa stratégie d’étouffement des décisions de 2006 et qui cherche à préserver son avenir politique.
A suivre…

Liens des sources :

lundi 12 décembre 2011

AFSSAPS : chassez ces sorcières ! Où l’on voit que l’Inquisition n’est pas morte…


Je ne savais pas que mon téléphone et ma boite mail allaient s’agiter anormalement après la parution de mon précédent papier. Entre les appels d’amis me mettant en garde (contre quoi grand Dieu !) et les commentaires détestables que j’ai bien naturellement modéré (en fait supprimé), la journée de dimanche (le 11 décembre) fut remplie de ces signaux que certains dénomment signaux faibles. En vérité, ces signaux ne sont que le prélude à d’autres mouvements plus importants, je n’en doute pas. Initialement, je ne souhaitais poursuivre sur cette affaire et je travaillais sur un reportage au sein des fédérations socialistes, en particulier dans le Nord Pas-de-Calais. Mais, comme souvent, les journalistes sont rattrapés par l’actualité.
Ainsi, je reçus en commentaire un petit mot m’invitant à contacter CharlotteJJ. Entre pseudos, on se comprend facilement, cela ne surprendra pas M. Fillon ! Charlotte me dit qu’elle a publié un article sur LePost.fr le 30 novembre, article aussitôt supprimé par le modérateur. Chacun pourra s’étonner de cette absence d’ouverture d’un réseau social qui ne cesse d’appeler à contribution ses journalistes citoyens ! Je reproduis ici l’essentiel de son document, puisque VoixOff se veut libre et indépendant. Document fort instructif sur l’indépendance des média en général et du Figaro en particulier…

Extraits :

[…] Depuis quelques semaines a démarré à l’AFSSAPS une véritable chasse aux sorcières. Focus sur un règlement de comptes au sein de l’agence du médicament. […]
[…] Le 21 septembre 2011, le Figaro publie un article dans lequel la journaliste Anne Jouan signale que deux responsables de la gestion des risques à l’AFSSAPS, Anne Castot et Carmen Kreft-Jaïs, deux femmes suspendues dès le début de l’affaire Mediator, « ont trouvé des points de chute à l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France et à l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES). Ces deux nominations rejoignent celle de Fabienne Bartoli, ancienne adjointe au directeur général de l’AFSSAPS qui a été propulsée cet été directrice de cabinet de Chantal Jouanno, ministre des Sports. Enfin, Jean Marimbert (HEC, Sciences Po, ENA), l’ancien patron de l’Agence du médicament débarqué lui aussi de l’AFSSAPS avait réussi à se recaser. Au printemps, ce conseiller d’Etat avait été nommé en Conseil des ministres secrétaire général du ministère de l’Education Nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative auprès de Luc Chatel, ministre de l’Education. »
Quelles sont les motivations du journal dans ces dénonciations ? En l’absence de tout procès, ces anciens de l’AFSSAPS n’ont-ils pas déjà payé assez cher l’affaire du Mediator ? Humiliation, carrière brisée, fallait-il vraiment en remettre une couche ? N’ont-ils pas le droit de retrouver un emploi ?
Mais Xavier Bertrand fait mine de ne pas suivre et l’affaire reste sans suite. Il faut continuer.
Quelques semaines plus tard, c’est Catherine Rey-Quinio, une femme ayant travaillé sur Mediator à l’AFFSSAPS et qui a confié à Irène Frachon avoir travaillé pour le passé pour Servier qui va faire les frais du tribunal de l’Inquisition. Inconsciente, la pauvre s’est jetée dans la gueule du loup.
Irène Frachon dénonce aussitôt cette femme au Figaro.
L’affaire ne traîne pas, la même journaliste rebondit sur son texte précédent et livre à la foule sa nouvelle sorcière.
C’est l’occasion pour le journal de dénoncer une nouvelle fois les anciens salariés de l’AFSSAPS qui avaient survécu à l’article précédent :
« En février dernier, le tout nouveau patron de l’agence, commençait le ménage en suspendant Anne Castot (ancienne chef du service de la gestion des risques et de l’information sur les médicaments), et Carmen Kreft-Jaïs (ancienne chef du département de pharmacovigilance). Problème : quelques mois plus tard, on apprenait que ces deux recalées avaient trouvé des points de chute à l’Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France en tant que responsable de la coordination des vigilances pour la première, et chargée de mission à l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) pour la seconde. »
Sous l’impulsion de Gérard Bapt, Xavier Bertrand rebondit sur cet article et s’exécute. Ouf ! Un troisième article sur Anne Castot et Carmen Kreft-Jaïs aurait pu passer pour de l’acharnement mal placé… Mais il viendra quand même !
Le ministre a demandé au Directeur Général de l’AFSSAPS Dominique Maraninchi de revenir sur sa décision de promouvoir Catherine Rey-Quinio. S’il ne le faisait pas, Xavier Bertrand aurait fait pression selon ses dires sur le Conseil d’Administration de l’AFSSAPS pour qu’il revienne sur cette candidature.
Le lendemain, le Figaro remet du bois sur le bûcher de Catherine Rey-Quinio en insistant : « La promotion de l’ancien médecin en charge du Mediator à l’agence, par ailleurs ex-salariée de Servier, a créé des remous ». Elle respire encore ? Vite une nouvelle bûche :
« Outre son manque de réactivité flagrant vis-à-vis du Mediator quand elle en avait la charge à l’AFSSAPS, c’est sa fonction précédente qui a cristallisé les critiques. En effet, avant 1998, Catherine Rey-Quinio a travaillé plusieurs années chez Servier où elle était médecin produit Isoméride. »
Qui pourrait survivre médiatiquement en étant affublée en plus d’une étiquette d’ancien salarié de Servier ?
Madame Rey-Quinio a jugé préférable de prendre sur elle et de retirer d’elle-même sa candidature.
Et dans ce nouvel article, le Figaro rappelle à l’ordre subtilement Bertrand au sujet… d’Anne Castot.
L’article du Figaro revenait également sur la nomination à l’Agence régionale de santé (ARS) d’Anne Castot, ancienne chef du service de la gestion des risques et de l’information sur les médicaments à l’AFSSAPS qui avait particulièrement mal géré le Mediator. Xavier Bertrand avait promis de demander à Claude Evin, le patron de l’ARS Ile-de-France « quelles sont les conditions précises du travail d’Anne Castot à l’ARS ».
Cette comparaison avec une chasse aux sorcières est d’autant plus appropriée que jusqu’ici, à l’exception d’une brève allusion à M. Marimbert, seules des femmes ont été « jugées », condamnées et exécutées médiatiquement. Simple coïncidence ?

Merci Charlotte pour votre témoignage. Effectivement cela me laisse perplexe sur l’indépendance supposée des médias… Mais je ne peux que faire le lien entre votre document et l’annonce faite la semaine dernière de la démission en masse de 40 experts de ce même organisme, démission passée quasi inaperçue à l’exception d’un flash actu du Figaro et de quelques revues spécialisées comme le Quotidien du Médecin. Dire qu’il y a une sélection de l’information qui arrange ou qui dérange, c’est une réalité. J’ai envie de dire à Charlotte que son témoignage n’est pas mort et que nous allons le faire circuler. Il faudra que j’essaie de joindre Anne Jouan qui me paraît bien impliquée dans cette affaire...

Sources :

samedi 10 décembre 2011

Une belle affaire ! Le Médiator ou l’approximation organisée

Cette nuit, j’ai fait le pire cauchemar dans la vie d’un journaliste. Je me suis vu écrire un article, le publier et m’apercevoir que tout était faux. Quelle horreur ! Vous imaginez les affres de la nuit ! Sueurs et tremblements ! Il fallait que je fasse mon tour d’horizon et dénicher la bonne manipulation médiatique, celle qui fait pleurer dans les chaumières ! Pourtant à bien y réfléchir une affaire me semble bien mal tournée. Je veux parler ici de celle qui anime le monde de la santé, des organismes de contrôle et plus précisément de la pharmaco-vigilance et des gros laboratoires : GSK, Sanofi, Roche etc. En effet, comment ne pas s’interroger, devant la multiplication d’accusations contre une entreprise française, en l’occurrence les laboratoires Servier ? Je me suis toujours méfié des curées et des mises à mort médiatiques. Cela me paraît toujours suspect et trop facile de tirer sur l’ambulance. Peut-être est-ce parce que mes camarades des médias ne prennent pas assez de temps pour réfléchir et confronter ? L’affaire du Médiator me paraît un peu trop bien ficelée pour ne pas receler en elle, quelques petites compromissions, quelques défauts de procédures et quelques arrangements entre amis. C’est horrible mais je pense tout le temps à l’affaire d’Outreau. Vous vous rappelez ? Tous les médias et les politiques tiraient dans le même sens et tout le monde s’est trompé. Quand il n’y a pas de débat, c’est toujours suspect.
Petite démonstration : j’ai fait un début de recherche sur cette affaire du Mediator et sur Irène Frachon qui a lancé le pavé dans la marre. Première constatation, 115000 requêtes sur Google. Donc cela fait du bruit mais moins que DSK et le Novotel (195000 requêtes) et c’était il y a quelques jours, avant la séquence vidéo…
Deuxième recherche : je vais sur les sites de santé anglo-saxons (les mieux informés, les plus pertinents, les meilleures références etc.). Première surprise je tombe sur le site du Lancet, revue médicale et scientifique de référence (j’ai appelé un ami médecin pour m’en assurer). Nouvelle recherche sur Mediator et Servier et bonne surprise : un article d’Alain Braillon, praticien reconnu et qui n’a pas sa langue dans sa poche, et qui se demande qui il faut blâmer dans l’affaire du Mediator ? De plus dans ce court article, le médecin, se demande si le travail d’investigation a bien été mené et si l’indépendance défendue par cette commission d’experts est bien une réalité. En poursuivant mes recherches, toujours avec ces deux mots clefs « Mediator+Servier », je découvre sur le site de la bibliothèque de médecine américaine : Mitral and aortic valvular disease associated with benfluorex use. Un résumé d’articles de quelques lignes, daté du 20 mai 2011 qui explique que des complications sont envisageables avec l’absorption de Benfluorex, dérivé de fenfluramine et donc constituant le Mediator. La suite est très intéressante : To date, only three isolated clinical cases of valvular disease and two recent case-control studies have been reported in patients exposed to benfluorex. Vous avez bien lu. 5 personnes ont été identifiées comme victimes potentielles du benfluorex. Mais la surprise est de taille car l’article est cosigné par Etienne Y, Jobic Y, Frachon I, Fatemi M, Castellant P, Quintin-Roué. Frachon ? Ca vous dit quelque chose ?
Le temps passe, et cette semaine, l’activité autour du Mediator et des laboratoires Servier s’accélère. Il est vrai que l’agenda juridique (ah la fonction agenda des médias !) le permet puisque le parquet doit se prononcer sur le regroupement des procédures. Et comme par hasard, le député Bapt, pourfendeur du Mediator, cardiologue également, ancien membre du Club Hypocrate (hypocrite ?), également membre du Club Santé Avenir (voir le bon papier sur Agora Vox) se fend d’une tribune dans Libération (Mensonges et Mediator) suite à la plainte pour diffamation que lui a expédié les laboratoires Servier… Deux jours plus tard, voilà France-Info qui diffuse un sujet sur un visiteur médical qui a, à l’évidence, mal vécu son passage chez Servier. En écoutant le sujet, redoutablement vide de sens et de preuves, j’ai envie de dire à ma consœur Pauline Parmentier de France Info, que ça sent bon la stratégie de communication… Ça tombe tellement bien !
Je ne résiste pas non plus, puisqu’on m’a toujours dit que le crime est organisé !, à faire un lien avec le papier, cette fois-ci provincial, de Sud-Ouest à propos du témoignage de Céférina. Je doute que cette brave dame, dont je respecte la souffrance actuelle, nous dise vrai quand elle assure que le livre d’Irène Frachon a changé sa vie. Je ne suis pas médecin (que journaliste, oui, bon d’accord) mais quand je vois le cocktail médicamenteux qu’elle ingérait, je trouve que c’est un peu court de dire que c’est que à cause du Mediator. Bon, c’est vrai, Céférina est aussi brestoise, ceci expliquant cela. Il est probable que le docteur Frachon la reçoit assez souvent en consultation et lui parle assez peu du Lancet et autre revues spécialisées en english… Je me dis qu’il va falloir que je lise le livre d’Irène Frachon. Un ami de la rédaction me dit qu’il est disponible en ligne : chouette je vais économiser quelques euros.
En somme en quelques dizaines de minutes de recherche sur le Net, le doute s’est installé. Le cauchemar de la nuit prend forme, trouve une réalité. Si tout le monde s’était trompé dans cette affaire ? Bon, il va falloir penser à autre chose, changer d'air. DSK ? Bof, déjà vu. Les centrales nucléaires ? Euh, non ça fait peur. Les élections ? Allergie... Alors on va s’y coller à cette affaire du Mediator. Et si je faisais un tableau des acteurs. Faut que je cherche… A bientôt.

jeudi 8 décembre 2011

La philosophie dans une sale affaire médiatique

En lisant le Nouvel Economiste, je suis tombé sur un article saisissant d’intelligence et de perspicacité (envie de m’abonner presque). Intitulé « DSK : ce que je sais de lui » et signé Gaël Tchakaloff, cet article fait honneur au métier de journaliste. Sens critique, mis en perspective de la philosophie d’Albert Camus, acuité du jugement, c’est un article espéré. Espoir de revoir une presse intelligente et lucide, espoir de sentir la finesse et le trait d’esprit, espoir encore de retrouver davantage de sérénité dans une tribulation médiatique indigne. Car il en va de l’affaire DSK, Prométhée enchaîné au poteau de la vindicte populaire et salace, comme des autres affaires récurrentes qui baignent notre quotidien désenchanté : ainsi des frasques de Monsieur Berlusconi, des assassinats quotidiens, des viols dans les cités universitaires dont personne ne parle, de la gabegie financière des syndicats (voir également le très bon papier du Figaro), de l’affaire du Mediator qui n’en finit pas de rebondir jusqu’à la prochaine révélation, de Xavier Bertrand qui ne cesse de colporter des mauvaises nouvelles, etc. Nous n’en pouvons plus, non pas de ces informations dramatiques (i faut bien vivre et c’est la réalité, cruelle, inévitable) mais de la façon dont elles sont traitées : à charge, non pas la charge qui a du panache et qui voyait autrefois des lanciers polonais s’encastrer contre des blindés, mais la charge pauvre, mesquine, voleuse, cynique qui ne fait qu’appauvrir le métier de journaliste. Des heures entières de faux direct pour ne rien dire (ITélé au moment de l’arrestation de DSK), des boucs-émissaires pratiques (Outreau), des grands méchants capitaines d’industrie (Goshn, Servier)… Je cite : « Les amalgames nuisent à la vérité, mais il semble que les médias n’en aient cure. Du Sofitel au Carlton, en passant par l’affaire Tristane Banon, la liste des agrégats hasardeux est longue. » La liste des agrégats est longue : que c’est bien dit ! Par facilité, par manque de temps (cela je l’entends tous les jours), pour préserver des annonceurs qui aiment beaucoup les patrons de presse, pour préserver des élus locaux qui aiment beaucoup les patrons de presse, pour préserver les chapelles et les lobbys qui aiment moins les patrons de presse (quoique) mais qui aiment beaucoup les annonceurs, mes camarades journalistes se sont lentement vautrés dans le misérabilisme, le voyeurisme et le raisonnement à deux sous. Manque de faits probants pour étayer un papier, manque de lucidité, manque d’humilité, (il faut en entendre certain qui se drape dans la loi sur la liberté de la presse comme mon neveu dans sa toute nouvelle combinaison de ski), manque de tout. Mais nous y reviendrons bientôt. Je ne sais plus qui disait que le métier de journaliste aurait disparu dans trente ans. J’ai peur.

mardi 6 décembre 2011

Un bel article !

Bonjour à tous et bienvenue sur ce blog. Un de plus, diront certains, enfin, diront d’autres ! Ma volonté ici, en tant que journaliste d’investigation, est de traquer l’incohérence, les articles approximatifs, les désinformations ou les mésinformations, les tentatives d’aveuglement et de détournement. Ce que j’aime, c’est l’information, la vraie, argumentée, justifiée, avec un début, un milieu et une fin. Je chasse le journalisme spectacle, celui qui aveugle par la redondance ou l’approximation. Et l’actualité me donne de quoi faire ! Pour ceux que cela intéresse et qui seront parvenus jusqu'à ces lignes, sachez que je me dénomme journaliste d’investigation. Anonymat ? Oui, car, lorsque je mets les mains dans des affaires, quand j’approche des milieux d’influence et des capitaines d’industrie, lorsque je côtoie des confrères véreux, - il y en a ! -, je dois me protéger. Certains pourront me reprocher un manque d’éthique et de déontologie. Encore faudrait-il que la profession de journaliste se mette d’accord sur ces deux termes. A ce propos, pas plus tard que cet été, la proposition du SNJ sur la nouvelle charte d’éthique professionnelle -une rénovation s’imposait prenant en compte les nouveaux médias en ligne-, fut rejeter par les patrons de presse. En effet, « ils sont opposés dans leur majorité, à la démarche déontologique, celle-ci étant facteur d’indépendance de leur personnel ». Donc, prenons le pouvoir par internet ! Comme le disait Albert Londres, que beaucoup de journalistes ont hélas oublié, portons la plume dans la plaie ! Mais ne nous laissons pas aveugler par des combats qui font vendre du papier ou de belles images. Nous devrions tous les matins nous rappeler de l’affaire d’Outreau, de la fille du RER C, de l’affaire Baudis et j’en oublie… Pour faire du spectaculaire, laissons cela aux tabloïds et aux malfaisants de la presse... Ce qui m’intéresse ce sont les faits, démontrés et qui ne mentent pas. Certes, chacun peut parler à propos des faits, de discuter autour d’eux, mais personne ne peut transformer cette réalité. Ce qui m’intéresse également ce sont les sentiments, le vécu, le ressenti des individus. Il s’agit d’une autre forme de réalité. Ils sont, comme, les faits, incontestables. Pour conclure, mon vœu le plus cher serait une information pure et dure. Et je vous en promets ! Bonne journée à tous !