mercredi 13 juin 2012

les rapaces du Mediator : avocats, mutuelles, associations


 
Nous saisissons l’opportunité de la mise en ligne d’une vidéo de Maître Oudin pour compléter cet article prémonitoire.
Diffusée par Lucie Malière, qui ne se présente pas, la vidéo représente l’avocat des victimes du Mediator Maître Joseph Charles-Oudin lors de la conférence de presse de l’AFSSAPS le 6 novembre 2010. Ce dernier commet un geste bien curieux, « y a de l’argent à se faire » semble-t-il dire à un voisin alors que l’annonce est faite de retirer le Mediator du marché. Chacun pourra s’interroger sur cette curieuse pratique et éclaire forcément la férocité juridique du jeune avocat. Une occasion inespérée se présente à lui pour se faire un nom et de l’argent. Le jeune loup peut dénoncer un scandale de santé publique. En faisant preuve d’empathie envers les potentielles victimes du Mediator, Maitre Oudin utilise la stratégie du pied dans la porte, méthode célèbre utilisée par tous les VRP du monde : créer le besoin, offrir ses services incontournables pour parvenir à toucher beaucoup d’argent en guise de dédommagement. Et au passage percevoir de confortables honoraires. Une fois de plus, on s’interroge sur le silence des médias, de l’absence d’investigation sur des méthodes plus que douteuses. Le neveu de Catherine Hill, qui a lancé la première le chiffre aléatoire de 500 à 2000 victimes, a compris tout le bénéfice qu’il pouvait retirer de l’affaire du Mediator, il n’est pas le seul.



Nous le savions déjà, mais rappelons que la nature a horreur du vide. Le malheur d’autrui est devenu une rente pour certains. Ainsi de cette association Accicorps créée en pleine tourmente du Mediator. Comme l’indique son site internet, les statuts de l’association ont été déposés  le 25 décembre 2010. Le site internet, assez indigeste au demeurant, présente les différentes « possibilités » de se sentir soutenu, « de donner des conseils d’ordre général, d’apporter des conseils personnalisés grâce au lien « aide et soutien » par le biais duquel nous nous engageons à vous apporter une réponse dans les 48 heures [comme chez Darty], de proposer un échange entre les victimes d’accidents corporels par le biais du blog pouvant ainsi partager et témoigner de leurs propres expériences douloureuses. L’objectif de notre association et de permettre à toute victime d’un accident corporel d’être accompagnée dans ses démarches et de ne pas sentir lésée ».
Objectifs louables, charitables même, mais chacun pourrait s’étonner de retrouver dans cette vocation  humaniste, seuls deux cas particuliers : le Mediator et les prothèses PIP. Quid des autres scandales sanitaires, Avandia, Vioxx, Isoméride, sang contaminé etc. ? De plus un organigramme assez sophistiqué et également indigeste présente les différentes procédures possibles :


Les trois types d’accidents médicaux sont assez explicites et une victime doit identifiée si le préjudice subi est du à son médecin ou à un aléa thérapeutique, c’est-à-dire quand le bénéfice du médicament est inférieur aux conséquences du présumé traitement... C’est donc a priori dans cette catégorie que l’on doit placer le Mediator. Les victimes doivent bien entendu aussi s’adresser à leur médecin qui le leur a prescrit et comprendre le mode de décryptage…
Néanmoins il faut relire à deux fois le couplet sur le Mediator :
« Si vous pensez avoir été victime du Mediator, nous pouvons vous orienter dans vos démarches aux fins d’indemnisation.
L’Office National d’Indemnisation des Accidents Medicaux (ONIAM) a ouvert un fond de garantie spécifique aux victimes du Médiator.
Cette procédure amiable est gratuite mais peut paraître complexe.
Nous vous conseillons de vous faire assister soit d’un médecin-conseil, soit d’un avocat spécialisé en droit médical compétent (et donc pas forcément le plus médiatisé ou le plus visible sur internet). »
Chacun appréciera ce petit coup de griffes aux avocats des victimes du Mediator, avocats surmédiatisés et dopés à la haine qui auraient du réfléchir à deux fois avant de se lancer dans cette procédure spectacle comme le souligne fort justement maître Gilles Devers (lesactualitesdudroit).  A l’évidence cette association n’aime pas vraiment les stars du barreau, on peut les comprendre… Donc Accicorps propose ses services aux potentielles victimes : « N’hésitez pas à nous contacter pour obtenir plus de précisions sur cette procédure et/ou pour obtenir les coordonnées de professionnels qui peuvent vous assister avec lesquels nous avons conclu des partenariats ». Ainsi Accicorps aurait ses propres spécialistes mais aucun nom n’apparaît. Plus curieusement, la victime doit s’inscrire selon un formulaire, donner ses coordonnées, mais si et uniquement si l’accident médical est postérieur au 4 septembre 2001. Ce qui veut dire que les « victimes » qui auraient suivi un traitement au Mediator avant cette date ne disposent d’aucune possibilité ? Cela est bien curieux pour une association qui se veut engager totalement dans la défense des victimes d’accidents médicamenteux. 
Les mutuelles ne sont pas en reste. Plus les victimes identifiées seront nombreuses, plus les mutuelles seront en mesure de peser contre les laboratoires pour obtenir des indemnités.
La démarche globale des associations de défense de victimes est par ailleurs paradoxale. Comment comprendre qu'elles puissent acheter des espaces dans les moteurs de recherche (et donc payer un prix élevé) et en même temps rester une association à but non lucratif ?  Comment croire qu'elles n'ont pour seul intérêt que la défense des victimes ? C'est un peu comme si Emmaüs faisait de la publicité pour recruter. "Pauvres ! rejoignez-nous !" Quelques exemples de publicité de rabattage sur Google :