mercredi 30 mai 2012

Le Figaro et le procès Servier : de la liberté de blâmer à l’éloge flatteur


A l'occasion du procès Servier, regard sur l'étrange revirement d'attitude du Figaro depuis la disparition d'une chroniqueuse en guerre contre les laboratoires.

Depuis la disparition d’Anne Jouan de la rédaction du Figaro (certains la croient en congé maternité, d’autres estiment qu’elle est placardisée), Stéphane Durand-Souffland a repris la couverture du procès Servier et de l’affaire du Mediator. Pour le plus grand bien de l’objectivité journalistique et pour les lecteurs du Figaro. Il est vrai qu’Anne Jouan avait un peu oublié le précepte : « les journalistes doivent écrire pour leurs lecteurs ». Ses papiers à charge contre les laboratoires Servier étaient apparus subitement en juin 2010 alors que la ligne rédactionnelle du Figaro se contentait jusque là de relater des faits. Nous l’avions déjà évoqué dans ce blog en annonçant un Outreau du médicament. Chacun pourra s’interroger sur cette prise de position et cette forme assez détestable de mercenariat : il est vrai que la lucidité journalistique avait quitté les rédactions. Il fallait hurler avec les loups pour ne pas montrer une trop grande « collusion » avec les puissances de l’argent, critique récurrente contre le quotidien du boulevard Haussmann. 

L’inflation du nombre présumé de victimes du Mediator doit beaucoup au Figaro : de 300 à 2000, ce qui fait une marge d’erreur conséquente. A ce propos, il convient de revoir la vidéo disponible sur YouTube, où Xavier Bertrand s’étonne à son tour du nombre de victimes présumées, diffusé par le Figaro. Mais évidemment cette information ne fut reprise par aucun média… Le Figaro entamait donc un réquisitoire sans pitié contre les laboratoires Servier, jusqu’à trahir le secret de l’instruction en diffusant des pièces du dossier, en exhumant d’anciens salariés de Servier qui trouvaient, dans l’opportunité de parler à une journaliste, l’occasion de déverser bile et rancœur et d’asséner de fausses informations. Mais peu importe la déontologie journalistique puisque il fallait faire du buzz autour de l’affaire sans que personne ne sache très bien pourquoi. Libération entamait la même démarche, suivie de près par Mediapart, toujours en diffusant des probabilités et des inexactitudes scientifiques. Mais peu importe une nouvelle fois, le sujet est croustillant, il fait de l’audience, des parts de marchés, les annonceurs sont là. Et puis chacun sait qu’en France, personne n’aime ceux qui réussissent ou gagne de l’argent, même si des progrès en matière de recherche sont accomplis. Modérons nos propos : personne n’attaque Sanofi qui possède d’autres casseroles, parce que Sanofi c’est gros, très gros. Trop gros.

Donc Anne Jouan disparaît et un nouveau journaliste doit rendre compte du procès qui s’ouvre à Nanterre. Très curieusement, le papier que nous reproduisons ci-dessous fut mis en ligne sur le site du Figaro. fr le 21 mai 2012 puis mis à jour à 18h03. Puis il a disparu de l’édition gratuite et n’est accessible désormais qu’en version payante (il faut bien vivre !).  
Le titre dénote de l’angle d’attaque traditionnel. Le reste est pertinent, argumenté, fidèle au jugement.
Procès Servier : une claque pour les parties civiles
Par Stéphane Durand-Souffland Mis à jour le 21/05/2012 à 18:03 | publié le 21/05/2012 à 17:36
Le tribunal correctionnel de Nanterre a ordonné lundi le renvoi du procès pour «tromperie aggravée», après avoir accepté de transmettre à la Cour de cassation une question prioritaire de constitutionnalité.
Lorsqu'une décision de justice est rendue, la forme importe parfois autant que le fond. Le tribunal correctionnel de Nanterre a décidé, lundi, d'ajourner le procès Servier, en transmettant à la Cour de cassation l'une des deux questions prioritaires de constitutionnalité soulevées, le 14 mai, par la défense de Jacques Servier et des laboratoires qui fabriquaient le Mediator. Me Hervé Temime et ses confrères soutenaient que les prévenus ne pouvaient pas comparaître à Nanterre sur citations directes, tandis que deux juges instruisent, à Paris, le même dossier, cherchant à mettre au jour toutes les facettes d'un présumé scandale de santé publique - le Mediator aurait entraîné la mort de 500 à 2000 consommateurs entre 1976 et 2009. Voilà pour le fond.
Pour la forme, la présidente de la 15e chambre correctionnelle de Nanterre a lu un bref texte, avant de renvoyer l'audience au 14 décembre. Sur un ton froid, elle a administré une véritable volée de bois vert aux parties civiles, ou plus exactement à leurs avocats, auteurs des citations directes. «Il n'appartient à aucune partie d'imposer son calendrier en bafouant la procédure pénale», commence la présidente. Dès cet instant, Mes François Honnorat, Charles Joseph-Oudin et Martine Verdier comprennent qu'ils vont en prendre pour leur grade. Mme Prévost-Desprez poursuit, reprenant presque mot à mot des arguments de la défense: «Il ne saurait être imposé à aucun juge un dossier tronqué au motif que la justice doit passer vite. Il n'appartient pas aux parties de dicter leur décision aux juges en instrumentalisant l'opinion publique.»
Droits de la défense menacés
Preuve que cette leçon de droit en forme de diatribe s'adresse aux avocats, et non aux centaines de personnes qui se présentent en victimes du Mediator, le tribunal reprend maintenant à son compte un argument longuement développé par Me Georges Holleaux, conseil de la Caisse nationale d'assurance-maladie, partie civile mais partisan d'un renvoi: «Quel que soit le nombre des parties civiles, le jugement du tribunal aura des conséquences évidentes pour l'ensemble des personnes se disant victimes.» En clair: une relaxe définitive à Nanterre priverait de procès les parties civiles constituées dans le cadre de l'instruction parisienne, Jacques Servier et ses laboratoires ne pouvant pas être poursuivis deux fois pour le même délit, en l'occurrence celui de «tromperie aggravée». En outre, les droits de la défense sont menacés à Nanterre, puisque des pièces pouvant lui être utile sont couvertes par le secret de l'instruction dans le volet parisien. Le tribunal, dans ces conditions, «ne serait pas en mesure de garantir un procès équitable».
Le tribunal de Nanterre fait du droit, donc, mais il préserve aussi les intérêts des victimes potentielles. Mes Honnorat, Joseph-Oudin et Verdier ont, par ailleurs, certainement noté que la juridiction n'avait pas répondu aux autres «exceptions de nullité» plaidées par la défense. Si la QPC ne passait pas le filtre de la Cour de cassation dans les trois mois, ou si le Conseil constitutionnel en était saisi mais ne la déclarait pas fondée dans les trois mois suivants (d'où le renvoi au 14 décembre), les débats pourraient éventuellement reprendre à Nanterre, fin 2012 ou début 2013. Ils seraient alors l'occasion d'une nouvelle joute procédurale, puisque la défense pourrait de nouveau plaider ses nullités et tenter de torpiller cette deuxième voie de poursuite. D'ici là, ses adversaires ont le temps de réviser soigneusement leur Code de procédure pénale.

Pour la première fois depuis juin 2010, Le Figaro tape sur les avocats de la partie civile. Rien sur la personnalité de Jacques Servier, si honni par Jouan. Retournement de veste ? Après le second tour des présidentielles ? Après le départ d’Anne Jouan ? Après les secousses dans la rédaction du quotidien de février mettant en cause son directeur, Etienne Mougeotte ? Cela fait beaucoup d’interrogations sur un changement d’attitude assez spectaculaire. Mais l’article est retiré de l’accès libre. Faut pas exagérer quand même…


vendredi 18 mai 2012

Médicaments : la corne d’abondance


 Pourquoi, malgré toutes les crises médicamenteuses, rien ne changera vraiment...




Déremboursements, obligation de baisser les prix, nouvelle taxe, à l’heure du procès du Mediator, les laboratoires sont sous pression et voient leurs marges fondre comme neige au soleil. Mais c’est sans connaître les armes de Big Pharma. Représenté par le très puissant LEEM (les entreprises du médicament), leur syndicat professionnel, qui a au demeurant occupe une place de choix à l’Assemblée Nationale, a présenté en fin d’année 2011, une invention vraiment nouvelle : « le médicament économiseur de coûts ».  Le BIPE (conseil en stratégie) a démontré, non sans cynisme, que les médicaments pouvaient éviter certaines dépenses : hospitalisations reportées, arrêts maladie raccourcis, invalidité repoussée. Cette étude affirme par ailleurs « qu’il est économiquement démontré que l’augmentation –très modérée- des dépenses de médicaments remboursables n’est pas imputable à la politique commerciale des industriels, ni à une pression supposée sur les prescripteurs ».
Le LEEM menace ainsi directement : « Les premiers mois de l’année 2011 montrent une dégradation de la balance commerciale du médicament. Toute baisse de prix ou tout déremboursement pris en France a un impact direct sur la valeur de nos exportations. »
Afin de mesurer les enjeux financiers et lourds de l’industrie pharmaceutique, quelques chiffres vertigineux de 2010 :
-          Chiffre d’affaires hors exportations : 27,3 milliards d’euros ;
-          Chiffre d’affaires à l’exportation : 24,1 milliards d’euros ;
-          Excédent commercial : 7,3 milliards d’euros ;
-          Chiffre d’affaires pour les médicaments remboursables : 19,7 milliards d’euros ;
-          Nombre de salariés de l’industrie pharmaceutique : 105000 salariés.
-          Consommation de médicaments par habitants (en dollars, en 2009)(source OCDE) :
o   Etats-Unis : 958
o   France : 640
o   Allemagne : 628
o   Norvège : 391
o   Danemark : 319
Autre élément non négligeable pour comprendre l'impact économique de l'industrie pharmaceutique : l'AFSSAPS (aujourd'hui l'ASNM) a dénombré 14500 présentations commercialisées en France en 2010 puisqu'un même produit peut se présenter sous forme de spray, comprimé, gellule, sirop... Quant à l'OMS (Organisation mondiale de la santé), elle estime que seuls 350 médicaments sont véritablement essentiels...
Chacun comprendra que, malgré les différentes promesses politiques ou électorales, malgré les tentatives de réformes de la filière du médicament, malgré les déclarations péremptoires d’Arnaud Montebourg « il y a 5000 médicaments en France, 500 en Europe du Nord. Cela en fait 4500 de trop », que quiconque veut s’attaquer à Big Pharma devra batailler ferme tant les enjeux financiers et économiques sont vastes. En pleine période de crise qui oserait toucher à la seconde ressource financière des exportations françaises ?

lundi 23 avril 2012

L’affaire du Mediator : réflexions sur l’approximation


Il y a une chose curieuse dans cette affaire du Mediator, c’est la succession d’incertitudes, d’erreurs et de jugements de valeurs : détournement de fond d’une association d’aide aux victimes, vraies-fausses perquisitions « révélées » par des médias, les vraies-fausses détentions de salariés de chez Servier, les « secrets » de l’instruction dévoilés dans les colonnes du Figaro, les témoignages de visiteurs médicaux extirpés de leurs retraites, les ressentiments de responsables licenciés pour faute professionnelle qui se vengent de leur ancien employeur, le nombre de témoins qui passe de 80 à 4, le nombre de dossiers de victimes qui fond comme neige au soleil (à peine 60 dossiers recevables sur les plus de 3000 dossiers médiatisés ?

Où est donc la vérité dans tout se fatras d’approximations ? Comment croire, en analysant le plus objectivement possible les faits, qu’il n’y a pas, derrière tout cela, une volonté de nuire, une volonté de désinformer, une stratégie systématique de dénigrement contre une entreprise ? Comment ne pas croire que tous ceux qui balancent comme une ritournelle cette affaire de décoration de la Légion d’honneur remise par Nicolas Sarkozy à Jacques Servier, ne sont pas envahis pas une volonté de nuire, une haine gratuite ? A longueur de réseau social, ce sont toujours les mêmes preneurs de parole qui dénigrent sans jamais rien démontrer. Puisant leurs informations dans le feu roulant des dépêches d’agence qui  ne cessent d’amplifier des erreurs (lire les fameuses inculpations de salariés de Servier mis en garde-à-vue pour destruction de preuves), les opposants, sous couvert de défendre la santé de leurs concitoyens, utilisent toutes les tactiques pour… Pour quoi au juste ? Essai de discernement :

  • Toucher des indemnités ? Mais l’ONIAM montre les difficultés à constituer des dossiers solides et étayés ; 
  • Défendre un laboratoire plus qu’un autre ? A qui profiterait la mise à mort des Laboratoires Servier ?
  • Accomplir une stratégie politique personnelle ? Qui doit se protéger d’avoir signé plusieurs autorisations de mises sur le marché du Mediator ?

Ainsi, avec un peu de bon sens, et en espérant que la justice fasse son travail, chacun peut espérer d’y voir plus clair. Tant les victimes, que les laboratoires Servier et l’opinion publique en général. Et en espérant que les débats ne seront pas pollués par d’autres fausses rumeurs, faux témoins…

mercredi 18 avril 2012

Pourquoi nous serons tous déçus après les élections

N'en doutons pas, nous serons tous déçus aprés les deux tours des élections présidentielles. Tout d'abord il n'y a rien de vraiment nouveau dans les programmes de tous les candidats. Vraiment rien. Chacun ressort les mêmes ficelles, les mêmes solutions miracles, comme si chaque candidat vivait dans une bulle franco-française. Les supporters de François Hollande seront déçus comme ceux autrefois de François Mitterrand et ses 101 promesses. Ces promesses qui n'engagent que ceux qui les croient, sont aussi dans le programme de Sarkozy. Et il n'y a encore une fois rien de nouveau. Mais ce n'est pas si nouveau comme constat.
Ensuite il n'y a aucune vision réaliste de notre pays. Chaque candidat se projette sur les cinq prochaines années. Et au delà ? Quel est celui qui voit notre pays à l'horizon 2030 ? Ou plus ? Personne. Bien sur il y a Melenchon et Le Pen. Mais qui croira qu'ils seront capables de déjà passer le 1er tour. Bayrou est l'éternel looser même si parfois il a des intonations de chef d'état. Oui c'est bien cela qui manque : un chef d'état, pas un concurrent à l'Elysée.
Enfin, parce que, en France, la politique est un métier et que nous reverrons ressortir toujours les mêmes têtes et les mêmes formules. Pitoyable, affligeant. Nous verrons ressortir les mêmes affaires, hier celles qui embêtaient Sarkozy, demain celles qui embêteront Hollande ou un autre. Ils ont tous des casseroles.
Alors dimanche faut-il aller voter ? Bien sur, mais pour qui ou pour quoi ? C'est une page blanche qui reste à écrire.

lundi 2 avril 2012

Protelos : AFSSAPS et EMA, même combat ?


Au mois d’octobre 2011, l’AFSSAPS, sous l’autorité de son directeur général, le Professeur Dominique MARANINCHI, diffuse une lettre aux professionnels de la santé. Dans cette correspondance, l’AFSSAPS .met en garde les médecins prescripteurs et les pharmaciens sur l’utilisation du ranélate de strontium (Protelos@) chez les patientes ménopausées ostéoporotiques.
Rien d’inhabituel dans cette publication, si ce n’est la multiplication de précautions rhétoriques du directeur de l’AFSSAPS. Il est vrai que l’affaire du Mediator est passée par là et que l’AFSSAPS avait montré ses limites, voire sa totale inefficacité dans la pharmacovigilance.
L’AFSSAPS insiste donc largement sur les effets indésirables du Protelos, presque un peu trop tant l’institution souhaite se prémunir. Le principe de précaution joue à fond… Certes, on ne peut reprocher aujourd’hui  à l’AFSSAPS, son rôle de vigilance. Néanmoins, quand on sait que le Protelos est fabriqué par les laboratoires Servier, la lecture de cette lettre prend une tout autre saveur…
« Surveillance renforcée », « précaution d’emploi », « effets indésirables majeurs », « persistance d’effets indésirables majeurs », le vocabulaire employé traduit assez bien la dangerosité supposée du médicament. D’ailleurs, l’AFSSAPS demande à l’Agence Européenne du Médicament (EMA) "une réévaluation internationale du rapport bénéfice/risque du Prolelos." C’est-à-dire, compte tenu des attendus de l’AFSSAPS, une réévaluation négative du médicament…
Le problème, c’est que l’EMA a répondu à la demande de l’AFSSAPS, mais pas tout à fait dans le sens voulu.
Le 15 mars 2012, l’EMA met en ligne un questions-réponses assez clair… Le 16 mars, l’institution européenne diffuse un communiqué de presse, dans lequel, je cite, "l’EMA confirme le rapport bénéfice/risque positif du Protelos. A la suite d’une réévaluation approfondie des données scientifiques disponibles, l’agence européenne a confirmé l’efficacité de Protelos dans la réduction du risque de fractures vertébrales et de la hanche. L’indication reste inchangée : "Traitement de l’ostéoporose chez la femme ménopausée. Protelos réduit le risque de fractures vertébrales et de la hanche." Les prescriptions d’emploi ont été renforcées", souligne par ailleurs l’EMA.
Si on s’en souvient bien, les laboratoires Servier avaient été mis en accusation sur le Protelos par le journal Libération, à l’époque déjà largement partie prenante contre le laboratoire dans l’affaire du Mediator et qui avait ouvert largement ses colonnes au député Bapt et à Irène Frachon, porte-drapeaux anti-Servier.
Tout a été retenu contre Servier : conflit d’intérêts, dissimulation, mensonges…
L’EMA, en confirmant l’importance du Protelos, balaie d’un trait de plume l’ensemble des partis pris contre les laboratoires Servier. L’EMA, en soulignant le bénéfice/risque positif du médicament, renvoie l’AFSSAPS à beaucoup plus de prudence.
Enfin, il faut lire l'excellent billet de docteur du 16,  Haro contre Servier : l'arbre qui cache la forêt. Les conflits d'intérêts ne sont pas forcément là où on les attend...

jeudi 29 mars 2012

Le « fast-checking » ou l’art de vérifier les faits


Les médias français étant ce qu’ils sont, il était nécessaire de se tourner une nouvelle fois outre-atlantique pour trouver une parade à ce désamour quotidien des français envers leurs supports de communication. 
A l’origine, le « fast-checking » consiste à une vérification des faits et des chiffres dans les discours politiques. Depuis 2008 le principe s’est emparé des médias français. Multiplication des blogs (Les décodeurs du Monde, Les Pinocchios de l’Obs, le détecteur de mensonge du jdd.fr…), des émissions télé comme Véritomètre d’I-Télé.
Comme les politiques, les médias sont bien obligés de retrouver un peu de crédibilité face au nombre de d’erreurs et d’inexactitudes qui remplissent quotidiennement journaux et magazines Il s’agit donc pour eux de vérifier, contrôler, évaluer les paroles de politiques mais aussi, et c’est sans doute assez nouveau, ce que disent d’autres médias. Comme si tout le monde s’épiait et dénombrait les erreurs des voisins.
L’idée est néanmoins intéressante. S’il existait un vrai journalisme citoyen dans notre pays (on regrette encore la disparition du Post.fr), chacun pourrait rêver de « fast-checker » ce que nous disent les médias. Sans doute, ils nous auraient évité le faux massacre de Timisoara, la fille du RER C, les fausses perquisitions, les faux témoins, l’affaire d’Outreau, les fausses révélations, la fausse mort de Pascal Sevran et du petit Louis, on en oublie, tout cela asséné par des journalistes convaincus de leur juste droit, plaçant l’approximation de langage (Zadig et Voltaire de Lefèbvre) au même niveau que le scandaleux DSK. Persuadé qu’un journaliste doit tout savoir, tout dire, même au détriment de la plus élémentaire vérification des faits,  les médias ronronnent leurs propres erreurs jusqu’à l’inflation, reprennent l’approximation d’autrui de peur de  passer à côté d’une information de première main. Tant par facilité que par recherche du scoop, ces « journaleux » scient la branche sur laquelle ils sont assis.
Le « fast-checking » doit être, plus que jamais, déclaré d’intérêt médiatique…

dimanche 4 mars 2012

Vers "l'escroquerie journalistique"...

Il semblerait qu'il existe depuis de nombreuses années un profond malaise dans notre profession de journalistes. A lire les essais des uns et des autres, et pas des moindres, (Joffrin, Plenel), à constater l'invention d'une nouvelle forme de journalisme (Slate, Agora, Mediapart), le modèle traditionnel de l'information semble en péril. La collusion trop souvent dénoncée entre propriétaires de médias et rédactions fait cependant long feu. Ainsi il faut lire l'entretien accordé à Libération de Jean Quatremer, journaliste à... Libération, qui publie d'ailleurs un livre "Sexe, mensonges et médias" (Plon).
Retenons la jolie expression "d'escroquerie journalistique". Il semble que nos quotidiens en soient remplis. Présenter des informations à charge alors que rien ne le justifie et ne l'étaie, multiplier les bidonnages pour faire de l'audience, retoucher des photos pour faire plus net, résumer à l'excès des déclarations, sortir une phrase de son contexte, autant de pratiques délictueuses présentes depuis de nombreuses années, depuis en fait l’émergence d'une presse qui a perdu ses opinions.
Car il me paraît évident que, tant que les journalistes n'auront pas retrouvé le sens profond de leur métier, c'est-à-dire l'investigation au service d'une objectivité rationnelle, les dérives et les déviances journalistiques se multiplieront. Très curieusement d'ailleurs, on parle peu des "ménages" que réalisent mes confrères en se transformant en conseiller en communication. Ici c'est pour un leader de l'agro-alimentaire, là pour un laboratoire pharmaceutique ou encore un constructeur automobile. Les journalistes perdent leur âme à trop vouloir exister en dehors de leur rédaction.
Seule une profonde révolution culturelle du métier de journaliste pourra limiter, comme dans les pays anglo-saxons, le pouvoir des propriétaires de l'information. A moins que ces derniers ne fassent plus que cela, comme Murdoch. Difficile en effet de vendre des armes ou des technologies et posséder des quotidiens car le conflit d'intérêt est toujours présent. Aux journalistes de choisir leur camp...