lundi 23 septembre 2013

Les luttes de nos élus sont-elles toujours justes ?



Les affaires DSK, Cahuzac, Balkany, Longuet, Alliot-Marie, Woerth et autres sont passées par là. La crédibilité des élus est désormais largement remise en cause. L’homme politique est, par nature, une contradiction en soi. Comment conjuguer sens des responsabilités collectives et responsabilités locales ? Comment mélanger pouvoir individuel et représentation nationale ?

L’histoire de notre république est jonchée d’errements d’élus qui confondent parfois trop facilement intérêt privé et intérêt publique. Pourtant chaque citoyen serait en droit d’attendre de ses édiles, une exigence de comportement, une forme d’exemplarité au-delà de ce qui est attendu pour le commun des mortels. Le fait de conférer une responsabilité dans l’organisation de la cité, le pouvoir des citoyens de confier une parcelle de pouvoir afin d’être représentés à tous les niveaux de la vie publique, cette délégation ne devrait jamais être entachée par le moindre incident, par le moindre doute. Cette exigence démocratique est néanmoins assez régulièrement bafouée. Afin d’illustrer cette source de défiance, il est intéressant de se pencher sur un exemple peu médiatisé, celui qui concerne le député Gérard Bapt.


En effet, le député de Haute-Garonne illustre bien le rôle complexe de l’élu, un responsable politique qui n’hésite pas à proclamer qu’il convient « de diminuer les allocations familiales » mais « qu’il faut épargner l’industrie pharmaceutique ». Enfin, pas toute. Chacun connaît la pugnacité avec laquelle le député Bapt à ferrailler contre les laboratoires Servier dans l’affaire du Mediator. Mais, en revanche, rien contre les plans sociaux de Sanofi. Pourtant le député Bapt est probablement l’un des meilleurs observateurs des questions de santé. Son parcours, ses engagements successifs auprès de grands laboratoires comme GSK, en font un expert reconnu. Pourtant il n’hésite pas largement à critiquer le rôle de l’hôpital, de conspuer les dépenses d’un système hospitalier à bout de souffle, à critiquer le règne des mandarins, lui-même pourtant médecin-cardiologue. Il n’hésite pas non plus à promouvoir la baisse des allocations familiales pour sauver la sécurité sociale ! Il y a donc à travers ses déclarations un paradoxe. N’y aurait-il pas derrière cette attitude un conflit d’intérêt ? Ou alors un intérêt spécifique à défendre une cause plus qu’aune autre ?
Heureusement que quelques journalistes se sont penchés sur le parcours de Monsieur Bapt et ses relations particulières avec l’industrie pharmaceutique. Ainsi, le 9 novembre 2012, un article paru dans Charlie Hebdo, « Sanofi et le «temps de cerveau disponible» des députés », article trop vite passé très vite sous silence, révèle la teneur des relations entre le directoire de Sanofi et le député Bapt. Citons son auteur, Laurent Léger, journaliste : « À l’aide d’un intense lobbying auprès d’élus comme le député PS Gérard Bapt, le labo pharmaceutique (ndlr : Sanofi) tente d’amortir le choc de son plan social, sans se priver d’un petit chantage : moins de licenciements contre médicaments que l’État ferait bien de rembourser… Un mail interne à Sanofi détaille ainsi le contenu des discussions entre un cadre du groupe, Jean-Luc Ledent, directeur des affaires publiques de Sanofi Midi-Pyrénées, avec le député socialiste de Haute-Garonne, Gérard Bapt. Très actif contre le Mediator et son fabricant, Servier, grâce à la mission d’information de l’Assemblée qu’il a présidée, Bapt l’est beaucoup moins contre cette firme ultra rentable qui s’apprête à licencier des centaines, voire des milliers de salariés, notamment à Toulouse, son département. » Au grand regret des syndicats qui trouve que le député Bapt n’est pas très présent sur le front de défense des emplois dans son département…
Chacun pourrait donc s’interroger sur ce qui anime la lutte d’un député défendant une grande industrie pharmaceutique et pas ses salariés ? Ne sont-ils pas élus par une circonscription ? Pourtant, nos députés sont toujours très fiers de s’exposer dans des situations de proximité. Beaucoup exhibent leurs photos sur Facebook pour l’inauguration de la foire à l’andouille… beaucoup revendique un dialogue constant avec les habitants de leur ville ou de leur région.
La moralisation de la vie politique passe donc sur des opérations de grand ménage et il est certain, comme le soulignait le quotidien La Croix, que des professions comme médecins ou avocats présentent des risques de « collusion » avec des secteurs industriels. Malgré le rapport Sauvé de 2011 (voir l’article de Slate), il semblerait que rien n’est véritablement changé aujourd’hui. Sans doute l’attrait du pouvoir, les privilèges que confère la République ont-ils raison de la raison... Quant au député Bapt, on attend toujours ses réactions sur les différents scandales sanitaires dont les dernières secousses s’appellent les anticoagulants Eliquis (Bristol-Myers Squibb et Pfizer), Pradaxa (Boehringer Ingelheim) et Xarelto (Bayer Santé). Sanofi n’est pas concerné. Le député Bapt peut dormir tranquille…


 

mercredi 3 juillet 2013

Le Figaro, Anne Jouan et le Médiator



La journaliste du Figaro, Anne Jouan, s’acharne à coup de grandes révélations contre les laboratoires (enfin presque tous) et Servier en particulier. L’affaire du Médiator est du pain béni pour une journaliste qui reste dans l’anonymat.

 
Anne Jouan


Le rêve d’Anne Jouan serait de travailler chez Mediapart, aux côtés d’Edwny Plenel et de Fabrice Arfi, qui sont, eux, de vrais bons journalistes et qui l’ont montré dans leur pugnacité à dénoncer l’affaire Cahuzac. Mais cette petite soldate du journaliste, a trouvé un filon rentable pour le quotidien Le Figaro. Plus de 200 articles à charge contre les laboratoires Servier sans jamais mettre un seul instant du doute ou, comme les journalistes aiment tellement le rappeler, de l’objectivité. Tous les moyens sont bons pour Anne Jouan de dénigrer Servier et l’industrie pharmaceutique : violation du secret de l’instruction, compromission avec d’anciens salariés des laboratoires, allégations aussi vite démontées par d’autres journalistes comme ceux justement de Mediapart… Tout semble bon aux yeux d’Anne Jouan pour développer une stratégie agressive dans cette affaire. A croire justement qu’elle a un compte personnel à régler. Comme nous l’avions déjà écrit en décembre 2011, Anne Jouan rencontrerait régulièrement le docteur Irène Frachon et obtiendrait ainsi des informations de sa part, voire des copies de pièces du dossier de l’instruction. On sait encore dans les rédactions que la journaliste du Figaro croiserait souvent le député Gérard Bapt, l’ancien poulain des laboratoires GSK à l’assemblée nationale. La journaliste, dans son travail « d’investigation », a su tisser des relations bien curieuses pour un travail « objectif » de journaliste.
Alors pour ne pas apparaître comme une journaliste dont le temps est exclusivement payé par la rédaction du Figaro à traquer les laboratoires Servier, il faut donner le change. Anne Jouan parle des laboratoires Teva, des prothèses PIP, des pilules de nouvelle génération. Elle se présente comme LA journaliste santé du Figaro. Elle nous parle aussi de l’ile de la tentation, destination prodigieuse où les ex-candidats se revendiquent des artistes. Ah les beaux corps musclés, les sourires radieux et les body moulants ! C’est certain que cela change des victimes du Médiator et leurs souffrances quotidiennes.

 


Elle est invitée sur France Inter pour parler de l’affaire Cahuzac et des conflits d’intérêts, pour dénoncer le travail des agences de communication, dont Havas, proches, trop proches, des cercles du pouvoir.

 

Raphaëlle Bacqué, Divina Frau-Meigs, Hervé Martin, Anne Jouan © mathias megy / Radio France


Autre information intéressante lorsque l’on parcourt la production de cette journaliste, c’est l’absence totale d’articles consacrés à Sanofi. C’est à peine croyable.
 

Cette journaliste spécialiste de la santé n’a jamais écrit une ligne sur les conflits rencontrés par Sanofi, les amendes astronomiques payées pour concurrence déloyale, les conflits sociaux à Toulouse, les pertes de brevets aux Etats-Unis. Non rien. Silence. Alors la rédaction me répond que ce sont d’autres journalistes qui s’en occupent. Comment les croire ? Aucune dénonciation, ni investigation, à la hauteur des agressions d’Anne Jouan contre Servier n’a jamais été révélée dans le Figaro. La consigne est claire : « Sanofi, on touche pas » et la rédaction se contente de relayer des dépêches d’agence de presse.
Et puis enfin, comment croire en la crédibilité d’Anne Jouan lorsque, au détour d’un réseau social, chacun peut constater son impressionnant réseau de relations :



Ou encore le nombre de ses abonnés (13) sur le Figaro.fr…
 


Et comme dans le conte de Perrault, La barbe bleue, chacun devrait s’exclamer : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »