lundi 3 décembre 2012

La communication ou la science de la déception

Tragi-comédie politique, petites phrases, vraies et fausses révélations, la communication est en passe de devenir une tarte à la crème des politiques et des entreprises. Il serait temps de se reprendre en main pour ne pas céder aux marchands d'internet et autres réseaux sociaux vides et creux.

Les déclarations récentes de Vincent Peillon sur le cannabis et la tragi-comédie qui en a découlé, le psychodrame de la bataille entre Fillon et Copé, la violente déclaration de Manuel Valls sur les origines de l’insécurité et de la croissance du terrorisme en France, rappellent combien la communication politique est un art subtil, fait de finesses et de nuances, mais de ruses aussi. Ceux qui ont le sentiment d’avoir gagné la parole en ayant gagné leur siège à l’Assemblée et un ticket d’entrée illimité sur les plateaux de télévision et les colonnes des médias, les tribuns parlementaires, ne sont pas nécessairement les plus habiles. Les plus préparés, s’il y en a, pêchent par fausse naïveté, impulsivité. Le moindre écart des «éléments de langage» soigneusement dictés par les communicants de l’Elysée conduit au bord du précipice.
L’amateurisme de la communication
Les bons mots succèdent aux néologismes pour le régal des bêtisiers, des zappings, du grand et du petit journal. On dissèque, on analyse, on commente des propos qui ne sont, tout compte fait, que des bourdes de potaches trahissant un amateurisme des médias assez consternant. On est au spectacle, les ventes de marinières explosent, les images de prises de bec dans l’hémicycle comme les combats de coqs donnent du grain à moudre aux rédactions, aux Guignols de l’info, aux caricaturistes de Charlie Hebdo et aux bons mots du Canard enchainé. Les bons points et les images de la maternelle succèdent aux secs rappels à l'ordre. On se moque volontiers de celui qui, pendant quelques secondes, a oublié sa condition d'homme public et la responsabilité qui est la sienne. A chaque gouvernement ses ego, ses francs-tireurs et ses conceptions solitaires du pouvoir que l’on sait partager ou non. On glose, on interprète, on oscille entre jubilation et désespoir au café du commerce alimentant une nouvelle fois l’antiparlementarisme, la haine du puissant, de la grosses entreprise, des banques : on aime à détester tout ce qui brille, reluit, fait envie dans un fatras assez glauque où seuls les humoristes parviennent à se retrouver. On critique, calomnie, injurie, pour le plus grand bonheur des médias alternatifs, pour les community manager ignares, pour les veilleurs du web ne veillant que leurs propres nombrils. On pense occuper le terrain par des déclarations toutes plus provocantes les unes que les autres : effets d’annonces, petites phrases, bonnes blagues. On détourne la justice, on pille les minutes dans les cabinets d’instruction, on diffuse des pièces confidentiels sans aucun respect des victimes, des présumés innocents, individus ou entreprises. A qui la faute ? Aux communicants ? Aux politiques ? Aux journalistes ? Aux Français ? Tous coupables, tous responsables et au final tous complices d'une communication réduite à une succession de saynètes dérisoires et pitoyables.
Communication politique où es-tu ?
Il y a des sujets bien plus importants que la communication, certes, et il y a toujours des exceptions à la règle. Il faut d'autant plus l'admettre que la communication politique est par essence une matière à déception. Aujourd'hui, en mélangeant informations, promesses, ballons d'essais, émotions et engagements, elle clive, elle se dénature, elle appelle aux commentaires de forme et non aux analyses de fond. La communication semble formatée pour faire gagner des places dans les indices de popularité. Elle devient médiocratie (médiocre-média-démocratie). Elle nivelle par le bas puisqu’il n’y a pas plus d’homme d’état, des hommes d’en haut. Mais dans le contexte actuel, où chaque mot d’élus compte et engage la parole de la République, où le moindre fait divers revêt les oripeaux d'une affaire d'Etat, elle doit se réinventer.
Pour un gouvernement qui doit affronter une crise sociale et économique d'une rare violence, la communication politique a désormais atteint un point de non retour. Seul un retour à des fondamentaux fondés sur des valeurs pérennes peut sauver le discours plaqué et abscons de nos représentants, soit elle continue à osciller entre transparence supposée et information téléguidée, et elle apportera son lot de désillusions et de raccourcis.
Pour des entreprises qui connaissent le dénigrement et des attaques de réputation, la communication doit résolument s’engager en pro-activité. Soit elle se régénère avec des bases solides d’anticipation et de connaissances des enjeux médiatiques et elle permet ainsi de redonner des lettres de noblesse aux valeurs fondamentales  de l’activité économique, soit elle périclite et disparaît derrière le marketing basique des yaourts et des couches-culottes.
Il convient de casser les codes et d’encourager ceux qui poursuivent une exigence de vérité et de rigueur. Oublions la compétition made in Twitter, le nombre de FW, d’amis ou d’abonnements, de médecine illusoire 2.0 ou de solidarité 3.0. Imaginons des cénacles et des formats neufs et modernes, compatibles avec les exigences de « l'infotainment ». Réinventons les relations presse autour d’exercices moins calibrés et plus interactifs. Raréfions certaines prises de parole. La surcommunication a broyé l'information, mais la créativité et l'audace n'ont jamais tué. Les moutons, eux, survivent rarement longtemps loin du berger.
 

jeudi 29 novembre 2012

Class action, économie et démagogie politique



Les velléités du gouvernement d’introduire des « class action » à la française laisse songeur sur sa capacité à comprendre l’économie. A moins qu’il n’y ait une autre volonté. Plus démagogique celle là…


On en parlait depuis longtemps et Benoit Hamon, ministre délégué à la Consommation s’est exprimé à ce sujet qui paraît brulant pour la société française : introduire dans la loi française une «action collective à la française». Les Class action chacun pouvait les voir en œuvre aux Etats-Unis et le rêve de faire tomber de grandes sociétés a pris corps. David terrassait Goliath une nouvelle fois. Un tel projet est attendu de longue date par les associations de consommateurs. Elles considèrent que ce mode d’action de groupe modifie la représentation des citoyens consommateurs lésés face à des entreprises dont les comportements économiques seraient condamnables tant dans les pratiques commerciales que sur la qualité des produits diffusés.
Il est vrai qu’à l’heure actuelle le mode action en représentation conjointe est clairement insuffisant. La volonté politique de restaurer la confiance des consommateurs et des salariés vis-à-vis des entreprises est une réalité (voir le blog de Bertrand Duperrin). La France est, en Europe, le pays dans lequel la connaissance du monde de l’entreprise (son fonctionnement, ses attentes, ses enjeux) est la plus mauvaise. Les Français ne voient l’entreprise que comme une source de salaires et de profits. Il est clair que l’analyse marxiste du profit de l’entreprise est passée par là. Par bonheur, les temps ont changé.
Garantir un équilibre
Le ministre souhaite donc mettre en œuvre de nouveaux moyens, dissuasifs, dont l'objet serait de garantir un équilibre entre la défense des intérêts des consommateurs et ceux de l'entreprise. La question alors, pour le gouvernement, est de déterminer où placer le curseur sur l'échelle de la dissuasion. Tel est le sens, semble-t-il, de la concertation initiée par le ministre.
Le gouvernement, avant d’imposer une nouvelle loi liberticide pour les entreprises, devrait se dire aussi que les entreprises évoluent dans un monde globalisé et compétitif. A cet égard, le prochain projet de loi devra s'inspirer des dispositifs mis en place dans certains pays membres de l'Union européenne. Comment lutter contre la concurrence si les entreprises sont toutes inhibées par des procédures judiciaires lourdes, complexes, et, au final, sans réel intérêt. On le voit dans les affaires de santé publique, il est évident que les pouvoirs publics, à force de vouloir tout encadrer, tue toute forme d’équilibre entre les forces économiques et sociales. Donner un peu plus la parole aux consommateurs contre les entreprises, c’est tout bonnement ériger en principe le déni économique pour favoriser les basses œuvres : cela s’appelle de la démagogie.
Dans cet esprit, la concertation ouverte devrait aider le gouvernement à trancher diverses questions pendantes. A titre d'exemple, la constitution du groupe de plaignants doit-elle se faire par «opt-in» ou «opt-out» ? Dans la première hypothèse, le consommateur manifeste sa volonté d'adhérer à l'action en justice et, dans la seconde, le groupe est constitué automatiquement de l'ensemble des consommateurs pouvant être lésés. Dans cette dernière hypothèse, le consommateur peut manifester sa volonté de sortir du groupe.
L'inconvénient de cette dernière est de faire peser un risque sur la réputation de l'entreprise pouvant obérer, durablement, ses capacités d'investissement, notamment lorsqu'elle se finance sur les marchés. Mais cela, comme c’est de la croissance, du potentiel, de l’innovation, les pouvoirs publics s’en moquent. C’est trop compliqué et cela ne les intéresse pas politiquement car peu porteur. En revanche, faire semblant de donner la parole aux consommateurs-patients-électeurs, cela est beaucoup plus propagandiste…

http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/emploi/pourquoi-vous-ne-faites-plus-confiance-a-votre-entreprise_975465.html?xtor=EPR-730

samedi 17 novembre 2012

Debré, Even : des médecins dangereux pour le monde de la santé



Qui l’eut cru ? En sortant un ouvrage à sensation sur les médicaments mortels ou dangereux, les professeurs Debré et Even s’inscrivent dans la droite ligne des tandems qui font rire ou pleurer. Petit tout d’horizon des farces et attrapes des deux mandarins.

Le magazine Marianne aime le rappeler : « le regrettable privilège d’avoir vu s’écouler quelques décennies offre parfois le plaisir cocasse de se souvenir de faits, d’évènements et de personnages du passé qui réapparaissent métamorphosés dans notre présent… Sur le sujet des médicaments, Philippe Even est en effet un spécialiste : il fut l’un des acteurs d’un retentissant scandale politico-sanitaire des années 80, l’affaire de la ciclosporine, sous le premier septennat de François Mitterrand. Le 29 octobre 1985, en compagnie de deux collègues, ils organisaient avec le Ministère des Affaires sociales de Georgina Dufoix une conférence de presse annonçant un remède miracle contre le sida, en balayant avec une désinvolture insensée le bilan « inefficace » des chercheurs travaillant sur cette nouvelle maladie, dont ils ne faisaient pas partie. »

En ce qui concerne Bernard Debré, il convient de relire le livre d’Odile Plichon (1). Extrait : «En 2012, le cas de l’urologue Bernard Debré, 67 ans, interpelle, tant sa liberté paraît absolue. Le député UMP de Paris, réélu en 2007, dirige depuis plus de vingt ans le service d’urologie de l’hôpital Cochin… Nommé PU-PH [professeur d’université-praticien hospitalier, ndlr] en 1980, ce chirurgien est par ailleurs membre du comité consultatif national d’éthique ainsi que de l’Académie des sciences d’outre-mer. Ajoutez à cela une volumineuse activité libérale à l’hôpital : en 2008, les patients privés de Bernard Debré lui ont rapporté jusqu’à 280 000 euros ! Enfin, depuis 2004, ce proche de Jacques Chirac, qui semble avoir un extraordinaire don d’ubiquité, est chef de service honoraire de… l’East Hospital de Shanghai (Chine). […] "J’y vais trois fois par an pendant une semaine, et mes assistants trois fois par an chacun, comme cela, nous assurons une présence tous les mois", détaille aujourd’hui le Pr Debré, qui confirme y "emmener" des infirmières de l’AP-HP : "J’ai obtenu l’accord de la maison pour qu’elles partent sur leur temps de travail", certifie-t-il. Mais quel est l’intérêt, pour les contribuables, de voir des infirmières ou des chirurgiens parisiens s’envoler pour l’Asie ? Là, l’urologue voit rouge : "Vraiment, vous vous foutez du monde ? Votre question est stupide : laser, matériel, équipement… Tout est français là-bas. L’intérêt, Madame, c’est le commerce extérieur de la France !"»

Lanceurs d’ego

On l’aura compris les casseroles des Dupont et Dupond de la gélule ne sont pas juste que des rumeurs. Et il est extrêmement étonnant de voir tant de place accordée sur les plateaux de télévision aux Boule et Bill de la pharmacopée désormais surnommés des lanceurs d’alerte. D’ailleurs les commentaires sur les réseaux sociaux sont nombreux comme ce monsieur, malade depuis des années d’une maladie orpheline : « Détruire la confiance placée chez les professionnels de Santé que sont les médecins ou les chercheurs, est une entreprise qui ne peut qu’être suspectée de servir des intérêts cachés, financiers ou politiques, sans aucun respect pour la souffrance des patients, sans aucune considération pour les hommes et les femmes qui exercent leur métier dans la plus grande probité et avec le souci de soulager et de guérir. Le qualificatif même de "Lanceur d’alerte" est une hérésie ; comment peut-on faire croire que des individus soit disant "héroïques" révèlent des scandales et portent le combat contre des puissants au nom de l’ensemble de la société ? N’est-ce pas une vision réductrice et singulièrement partiale du monde ? Nous sommes des milliers, des millions dans notre société, à veiller à la bonne marche des choses, au service du plus grand nombre, à lancer des alertes quotidienne et à son niveau, à résoudre les problèmes, chacun spécialiste de son métier, de son secteur. J’avoue être septique sur les "révélations" de Debré, Even, Séralini ou même Frachon et consorts. Ils mènent le combat mais envers et contre tous… »




Le Monde les surnomment les tontons flingueurs du médicament. Il est vrai que Bonnie & Clyde cumulent les erreurs de parcours, les raisonnements de première main et les stratégies promotionnelles hollywoodiennes au grand dam de nombreux praticiens hospitaliers et des médecins généralistes qui ne se reconnaissent en rien dans cette médecine spectaculaire.

Ainsi le docteur Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMFil reproche à Even ses recommandations sur les statines, à la fois sur le fond mais aussi sur la forme. « On n’est pas trop d’accord avec les méthodes qu’il a utilisées parce qu’il y a quand même un code de déontologie médicale et quand on s’adresse à la population, on doit faire attention à l’information qu’on délivre. On peut constater dans nos cabinets de médecins généralistes que les personnes âgées sont particulièrement inquiètes notamment pour ce qui concerne la prescription de statines. On ne traite pas le cholestérol, on prévient un accident vasculaire cérébral et ce n’est pas rien de dire à la population, "arrêtez de prendre les statines". Les gens sont inquiets. »

Vieilles références

Ou encore le professeur Alain Didier, Président de la Société de pneumologie de langue française, pneumologue à l’hôpital Larrey de Toulouse, qui, dans le Quotidien du médecin du 17 septembre 2012, s’étonne de la datation de certaines études mentionnées dans le livre sur les médicaments. Il épingle les auteurs dont l’argumentation s’appuierait sur des études anciennes et omettrait certains résultats récents. « En ce qui concerne la désensibilisation, les commentaires négatifs auxquels se livrent les auteurs, et sans doute surtout le Pr Even, puisqu’il fut un temps pneumologue, s’appuient sur des études qui, de l’aveu même des rédacteurs, datent de 1985. L’allergologie a toujours été la bête noire de Philippe Even et manifestement, les années passant, elle le reste. Les extraits de phrases sur lesquels repose ce pseudo-argumentaire, sortis de leur contexte, ne veulent rien dire.

Enfin, devant une telle débauche d’énergie, entre promotion, consultations et conférences, chacun serait en droit de s’interroger sur l’hyperactivité de Tic et Tac. Ainsi le docteur Marc Girard s’étonne : « Lors de la dernière émission C dans l’air à laquelle j’ai participé, voici pas plus d’une quinzaine de jours, on y a entendu que certain livre sur les médicaments aurait coûté à son principal auteur "plus de dix mille heures en un an", soit plus de 27 heures par jour sept jours sur sept, auxquelles il convient d’ajouter le temps considérable passé par le même à commenter le pseudo scandale Médiator dans les médias, plus celui inhérent à la rédaction d’un certain rapport sur la réglementation pharmaceutique. A cet emploi du temps surhumain, il faut également ajouter l’exploit de lire "intégralement" chaque semaine "les dix ou vingt plus grandes revues médicales internationales" (Le Monde, 20/09/12), besogne qui, à elle seule, doit occuper 10 à 12 heures par jour tous les jours... »

En somme, dans un monde des médicaments en souffrance, le livre de Tom et Jerry, en lieu et place de rassurer, ne fait que déstabiliser encore un peu plus un secteur fragilisé par les scandales. A force de jeter de l’huile sur le feu, il y a fort à parier qu’une nouvelle loi ravage un domaine compétitif en mettant au chômage des milliers de salariés. L’effet papillon aura donc bien lieu…





(1)    Le Livre noir des médecins stars, par Odile Plichon, Stock, 392 pages