lundi 3 décembre 2012
jeudi 29 novembre 2012
Class action, économie et démagogie politique
Les velléités du gouvernement d’introduire des « class
action » à la française laisse songeur sur sa capacité à comprendre
l’économie. A moins qu’il n’y ait une autre volonté. Plus démagogique celle là…
On en parlait depuis longtemps et Benoit Hamon, ministre délégué à la
Consommation s’est exprimé à ce sujet qui paraît brulant pour la société
française : introduire dans la loi française une «action collective à la
française». Les Class action chacun pouvait les voir en œuvre aux Etats-Unis et
le rêve de faire tomber de grandes sociétés a pris corps. David terrassait
Goliath une nouvelle fois. Un tel projet est attendu de longue date par les
associations de consommateurs. Elles considèrent que ce mode d’action de groupe
modifie la représentation des citoyens consommateurs lésés face à des
entreprises dont les comportements économiques seraient condamnables tant dans
les pratiques commerciales que sur la qualité des produits diffusés.
Il est vrai qu’à l’heure actuelle le mode action en représentation
conjointe est clairement insuffisant. La volonté politique de restaurer la
confiance des consommateurs et des salariés vis-à-vis des entreprises est une
réalité (voir le blog de
Bertrand Duperrin). La France est, en Europe, le pays dans lequel la
connaissance du monde de l’entreprise (son fonctionnement, ses attentes, ses
enjeux) est la plus mauvaise. Les
Français ne voient l’entreprise que comme une source de salaires et de profits.
Il est clair que l’analyse marxiste du profit de l’entreprise est passée par
là. Par bonheur, les temps ont changé.
Garantir un
équilibre
Le ministre souhaite donc mettre en œuvre de nouveaux moyens, dissuasifs,
dont l'objet serait de garantir un équilibre entre la défense des intérêts des
consommateurs et ceux de l'entreprise. La question alors, pour le gouvernement,
est de déterminer où placer le curseur sur l'échelle de la dissuasion. Tel est
le sens, semble-t-il, de la concertation initiée par le ministre.
Le gouvernement, avant d’imposer une nouvelle loi liberticide pour les
entreprises, devrait se dire aussi que les entreprises évoluent dans un monde
globalisé et compétitif. A cet égard, le prochain projet de loi devra
s'inspirer des dispositifs mis en place dans certains pays membres de l'Union
européenne. Comment lutter contre la concurrence si les entreprises sont toutes
inhibées par des procédures judiciaires lourdes, complexes, et, au final, sans
réel intérêt. On le voit dans les affaires de santé publique, il est évident
que les pouvoirs publics, à force de vouloir tout encadrer, tue toute forme
d’équilibre entre les forces économiques et sociales. Donner un peu plus la
parole aux consommateurs contre les entreprises, c’est tout bonnement ériger en
principe le déni économique pour favoriser les basses œuvres : cela
s’appelle de la démagogie.
Dans cet esprit, la concertation ouverte devrait aider le gouvernement à
trancher diverses questions pendantes. A titre d'exemple, la constitution du
groupe de plaignants doit-elle se faire par «opt-in» ou «opt-out» ? Dans
la première hypothèse, le consommateur manifeste sa volonté d'adhérer à
l'action en justice et, dans la seconde, le groupe est constitué
automatiquement de l'ensemble des consommateurs pouvant être lésés. Dans cette
dernière hypothèse, le consommateur peut manifester sa volonté de sortir du
groupe.
L'inconvénient de cette dernière est de faire peser un risque sur la
réputation de l'entreprise pouvant obérer, durablement, ses capacités
d'investissement, notamment lorsqu'elle se finance sur les marchés. Mais cela,
comme c’est de la croissance, du potentiel, de l’innovation, les pouvoirs
publics s’en moquent. C’est trop compliqué et cela ne les intéresse pas
politiquement car peu porteur. En revanche, faire semblant de donner la parole
aux consommateurs-patients-électeurs, cela est beaucoup plus propagandiste…
samedi 17 novembre 2012
Debré, Even : des médecins dangereux pour le monde de la santé
Qui l’eut cru ? En sortant un ouvrage à sensation sur les médicaments mortels ou dangereux, les professeurs Debré et Even s’inscrivent dans la droite ligne des tandems qui font rire ou pleurer. Petit tout d’horizon des farces et attrapes des deux mandarins.
Le magazine Marianne aime le rappeler : « le regrettable privilège d’avoir vu s’écouler quelques décennies offre parfois le plaisir cocasse de se souvenir de faits, d’évènements et de personnages du passé qui réapparaissent métamorphosés dans notre présent… Sur le sujet des médicaments, Philippe Even est en effet un spécialiste : il fut l’un des acteurs d’un retentissant scandale politico-sanitaire des années 80, l’affaire de la ciclosporine, sous le premier septennat de François Mitterrand. Le 29 octobre 1985, en compagnie de deux collègues, ils organisaient avec le Ministère des Affaires sociales de Georgina Dufoix une conférence de presse annonçant un remède miracle contre le sida, en balayant avec une désinvolture insensée le bilan « inefficace » des chercheurs travaillant sur cette nouvelle maladie, dont ils ne faisaient pas partie. »
En ce qui concerne Bernard Debré, il convient de relire le livre d’Odile Plichon (1). Extrait : «En 2012, le cas de l’urologue Bernard Debré, 67 ans, interpelle, tant sa liberté paraît absolue. Le député UMP de Paris, réélu en 2007, dirige depuis plus de vingt ans le service d’urologie de l’hôpital Cochin… Nommé PU-PH [professeur d’université-praticien hospitalier, ndlr] en 1980, ce chirurgien est par ailleurs membre du comité consultatif national d’éthique ainsi que de l’Académie des sciences d’outre-mer. Ajoutez à cela une volumineuse activité libérale à l’hôpital : en 2008, les patients privés de Bernard Debré lui ont rapporté jusqu’à 280 000 euros ! Enfin, depuis 2004, ce proche de Jacques Chirac, qui semble avoir un extraordinaire don d’ubiquité, est chef de service honoraire de… l’East Hospital de Shanghai (Chine). […] "J’y vais trois fois par an pendant une semaine, et mes assistants trois fois par an chacun, comme cela, nous assurons une présence tous les mois", détaille aujourd’hui le Pr Debré, qui confirme y "emmener" des infirmières de l’AP-HP : "J’ai obtenu l’accord de la maison pour qu’elles partent sur leur temps de travail", certifie-t-il. Mais quel est l’intérêt, pour les contribuables, de voir des infirmières ou des chirurgiens parisiens s’envoler pour l’Asie ? Là, l’urologue voit rouge : "Vraiment, vous vous foutez du monde ? Votre question est stupide : laser, matériel, équipement… Tout est français là-bas. L’intérêt, Madame, c’est le commerce extérieur de la France !"»
Lanceurs d’ego
On l’aura compris les casseroles des Dupont et Dupond de la gélule ne sont pas juste que des rumeurs. Et il est extrêmement étonnant de voir tant de place accordée sur les plateaux de télévision aux Boule et Bill de la pharmacopée désormais surnommés des lanceurs d’alerte. D’ailleurs les commentaires sur les réseaux sociaux sont nombreux comme ce monsieur, malade depuis des années d’une maladie orpheline : « Détruire la confiance placée chez les professionnels de Santé que sont les médecins ou les chercheurs, est une entreprise qui ne peut qu’être suspectée de servir des intérêts cachés, financiers ou politiques, sans aucun respect pour la souffrance des patients, sans aucune considération pour les hommes et les femmes qui exercent leur métier dans la plus grande probité et avec le souci de soulager et de guérir. Le qualificatif même de "Lanceur d’alerte" est une hérésie ; comment peut-on faire croire que des individus soit disant "héroïques" révèlent des scandales et portent le combat contre des puissants au nom de l’ensemble de la société ? N’est-ce pas une vision réductrice et singulièrement partiale du monde ? Nous sommes des milliers, des millions dans notre société, à veiller à la bonne marche des choses, au service du plus grand nombre, à lancer des alertes quotidienne et à son niveau, à résoudre les problèmes, chacun spécialiste de son métier, de son secteur. J’avoue être septique sur les "révélations" de Debré, Even, Séralini ou même Frachon et consorts. Ils mènent le combat mais envers et contre tous… »

Le Monde les surnomment les tontons flingueurs du médicament. Il est vrai que Bonnie & Clyde cumulent les erreurs de parcours, les raisonnements de première main et les stratégies promotionnelles hollywoodiennes au grand dam de nombreux praticiens hospitaliers et des médecins généralistes qui ne se reconnaissent en rien dans cette médecine spectaculaire.
Ainsi le docteur Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMFil reproche à Even ses recommandations sur les statines, à la fois sur le fond mais aussi sur la forme. « On n’est pas trop d’accord avec les méthodes qu’il a utilisées parce qu’il y a quand même un code de déontologie médicale et quand on s’adresse à la population, on doit faire attention à l’information qu’on délivre. On peut constater dans nos cabinets de médecins généralistes que les personnes âgées sont particulièrement inquiètes notamment pour ce qui concerne la prescription de statines. On ne traite pas le cholestérol, on prévient un accident vasculaire cérébral et ce n’est pas rien de dire à la population, "arrêtez de prendre les statines". Les gens sont inquiets. »
Vieilles références
Ou encore le professeur Alain Didier, Président de la Société de pneumologie de langue française, pneumologue à l’hôpital Larrey de Toulouse, qui, dans le Quotidien du médecin du 17 septembre 2012, s’étonne de la datation de certaines études mentionnées dans le livre sur les médicaments. Il épingle les auteurs dont l’argumentation s’appuierait sur des études anciennes et omettrait certains résultats récents. « En ce qui concerne la désensibilisation, les commentaires négatifs auxquels se livrent les auteurs, et sans doute surtout le Pr Even, puisqu’il fut un temps pneumologue, s’appuient sur des études qui, de l’aveu même des rédacteurs, datent de 1985. L’allergologie a toujours été la bête noire de Philippe Even et manifestement, les années passant, elle le reste. Les extraits de phrases sur lesquels repose ce pseudo-argumentaire, sortis de leur contexte, ne veulent rien dire.
Enfin, devant une telle débauche d’énergie, entre promotion, consultations et conférences, chacun serait en droit de s’interroger sur l’hyperactivité de Tic et Tac. Ainsi le docteur Marc Girard s’étonne : « Lors de la dernière émission C dans l’air à laquelle j’ai participé, voici pas plus d’une quinzaine de jours, on y a entendu que certain livre sur les médicaments aurait coûté à son principal auteur "plus de dix mille heures en un an", soit plus de 27 heures par jour sept jours sur sept, auxquelles il convient d’ajouter le temps considérable passé par le même à commenter le pseudo scandale Médiator dans les médias, plus celui inhérent à la rédaction d’un certain rapport sur la réglementation pharmaceutique. A cet emploi du temps surhumain, il faut également ajouter l’exploit de lire "intégralement" chaque semaine "les dix ou vingt plus grandes revues médicales internationales" (Le Monde, 20/09/12), besogne qui, à elle seule, doit occuper 10 à 12 heures par jour tous les jours... »
En somme, dans un monde des médicaments en souffrance, le livre de Tom et Jerry, en lieu et place de rassurer, ne fait que déstabiliser encore un peu plus un secteur fragilisé par les scandales. A force de jeter de l’huile sur le feu, il y a fort à parier qu’une nouvelle loi ravage un domaine compétitif en mettant au chômage des milliers de salariés. L’effet papillon aura donc bien lieu…
(1)
Le Livre noir des médecins stars, par Odile
Plichon, Stock, 392 pages
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