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mardi 22 janvier 2013

Réputation des entreprises : la nouvelle donne des médias sociaux


Toutes les entreprises sont désormais confrontées à un enjeu d’un nouveau genre : préserver sa réputation sur les réseaux sociaux. Avec plus ou moins de réussite.

Autrefois il fallait que les grandes entreprises préservent à tout prix leur réputation : elles déployaient des efforts significatifs en terme d’événementiels, de relations presse, de lobbying... Elles choyaient leur actionnariat et les politiques. Si les très grandes entreprises ont rapidement compris quels risques elles encouraient avec l’émergence exponentielle des réseaux sociaux (et parce qu’elles en ont aussi les moyens financiers), la majorité des entreprises, grandes et petites, sont totalement ignorantes de ce qui se passe sur internet. D’un côté des entreprises qui apprivoisent peu à peu à maîtriser le digital, de l’autre des millions de consommateurs qui n’ont plus peur de prendre la parole sur Internet. D’ailleurs, combien de fois entendons-nous « Internet ? Twitter ? Non, merci, trop compliqué pour nous ! ». Ou bien nous assistons à des ouvertures de pages institutionnelles qui demeurent à jamais vides… L’ignorance est souvent flagrante dans le management d’entreprises qui, culturellement, n’a pas été préparé ni formé ni à la communication corporate ni aux « conversations » sur internet.

Le temps des médias sociaux n’est pas le temps de l’entreprise
Quelque soit le type d’entreprise, le risque d’e-réputation est une réalité bien tangible, quantifiable et mesurable. Toutes les organisations sont exposées, malgré elles, à des prises de positions, à des avis de consommateurs, à des clients, au regard des concurrents. Tout se voit désormais sur la toile. Les bonnes comme les mauvaises communications et l’absence de communication digitale…
Toutes les entreprises sont aujourd’hui exposées à un bad buzz comme à un good buzz. Ne pas prendre la réelle dimension des influences qui se jouent sur internet, c’est être sourd et aveugle. Des experts parlent même de « reputation war » comme si, aujourd’hui tout se jouait dans un monde hyper concurrentiel et totalement libre, ouvert, comme si une guérilla était en mesure, en quelques clics, de réduire à néant une réputation. Se priver d’écoute, de veille, de compréhension des échanges, d’analyser ses propres expériences et celles de ses concurrents, qui se déroulent en temps réel sous les yeux des entreprises, c’est, sans aucun doute, se priver de potentialités économiques évidentes. Les 3 Suisses l’ont compris à leur dépend. Quick est intervenu en direct sur Facebook après la crise du restaurant d’Avignon. Le temps des réseaux sociaux n’est pas le temps de l’entreprise. Il va trop vite alors que l’entreprise a besoin de réflexion et d’analyse. 

Je twitte donc je suis
Le citoyen a changé son rapport aux entreprises. Il peut désormais s’adresser à elles sans aucun complexe. Le marketing y a trouvé son compte et a su développer le marketing de la recommandation. Chaque consommateur devient à son tour une référence pour ses amis. Je twitte, donc je suis. Je suis libre de choisir, critiquer, vilipender une marque, un produit, une institution, un homme politique. En l’espace de quelques secondes, le buzz se développe sur la toile à grande vitesse si, bien entendu, c’est drôle, atypique, hors norme, contestataire. Les comportements changent et induisent pour les entreprises de modifier aussi leurs comportements face à ces consom’acteurs virulents et engagés. L’écho dans les réseaux sociaux est sans limite et d’une mémoire prodigieuse, puisque tout reste ancré, comme figé dans les méandres d’un big brother insaisissable.
Le citoyen réclame de l’attention, voire de la considération et propulse son problème ou sa question personnelle dans un débat multiple. Toutes les crises de société comme les crises de santé publique sont là pour en témoigner. Pilules de 3ème et 4ème génération, prothèse PIP, dangerosité de certains médicaments, sont autant de mobilisations fugaces mais réelles. Le consommateur a donc une réalité ! Il est aujourd’hui expert en commerce équitable, il est spécialiste de relations sociales, il est sélectionneur, il est politique, il est juge. C’est sans doute là que le risque pour les entreprises est le plus grand. Orchestré probablement par des community manager zélés, pilotés par des agences spécialisées, le bad buzz est une vraie stratégie d’influence. Son rôle est de rallier des citoyens, des patients, des consommateurs pour conspuer sans discernement une entreprise sous tous les registres. Il faut faire du volume pour dénigrer. Même la justice se sent débordée par les dénigrements répétés, les circulations de fausses rumeurs, l’abjection et la haine conjuguée comme dans l’affaire de l’UEJF et Twitter. Des initiatives se développent pour contrer ces very bad buzz. Ainsi le blog Présumé innocent lancé par un ténor du barreau qui a choisi internet pour redonner la parole à tous ceux qui, sur les forums, les réseaux sociaux et les médias traditionnels sont déjà condamnés avant même que la justice ne passe.

Une guerre d’influence
C’est une vraie guerre de l’influence, avec aussi, ses dommages collatéraux. Les spécialistes parlent de sociabilisation, de mécontentement endémique, de distraction (pour faire comme tout le monde). Mais combien de milliers de citoyens ou de consommateurs ne reçoivent jamais de réponse à leurs sollicitations ? Pourtant la veille sur internet est devenue un enjeu fondamental pour les entreprises. Qui parle, comment, sur quel ton, quels sont les e-influencers ? Tous les outils existent aujourd’hui pour connaître ce public étrange. La réputation se construit aujourd’hui au nombre de clics, aux opinions partagées, aux rumeurs. Les entreprises doivent en avoir conscience et s’y préparer.
Cette guerre de la réputation ne doit cependant pas remplacer les anciennes actions qui construisaient l’image de l’entreprise. L’engagement sur internet et sur les médias sociaux vient en complément, voire renforce les actions développées traditionnellement. En cas de bad buzz, les entreprises doivent surtout écouter, analyser et comprendre le phénomène. Ont-elles le temps ? Néanmoins le bruit sur internet disparaît aussi vite qu’il apparaît. Mais il implique, quelque soit la forme qu’il prend, une réponse de l’entreprise. Il faut donc raison garder. Internet pour l’entreprise, est un peu comme la langue d’Esope : la meilleure et la pire des choses…


mardi 11 décembre 2012

Lobbying dans tous les vestibules



Crise économique, nouvelle gouvernance, budget 2013, scandales à répétition, les actions de lobbying se multiplient. Autrefois discrètes, les manœuvres sont de plus en plus voyantes et font débat.

Récession, poids des normes et des règlements, un gouvernement qui cherche à combler des comptes publics proches du zéro, des entreprises qui défendent leurs profits et leur image et qui voient plus loin que la prochaine échéance électorale… L'heure est plus que jamais à l’influence afin de préserver les intérêts particuliers ou corporatistes. Tous les jours, la communication d’influence se développe tant dans les médias que sur Internet. Elle concerne Sanofi, Arcelor Mittal, Nutella, Free, McDonald's... Elle implique la confédération des brasseurs, les entreprises du médicament, les groupes de pression proche des mouvements écologistes, les pro et les anti OGM, les pro et anti gaz de schiste, les buralistes, les médecins, les pharmaciens... Aucun secteur de l’activité économique n’y échappe. Face à ces multiples défenses d’intérêt, des parlementaires cherchent à se faire un nom en voulant acquérir une notoriété afin de peser sur l’exécutif. Ce sont les nouveaux acteurs de la démocratie d’opinion, une forme d’action politique qui écouterait au plus près les attentes des Français et qui flirte avec la démagogie. Les blocages sociétaux, pourtant depuis longtemps identifiés en France, sont tels que les chemins traditionnels de la prise de décision politique sont de plus en plus souvent détournés.
Comment répondre ? Faut-il utiliser les codes et les supports de la communication grand public et prendre à partie l'opinion ? Si les avis divergent, ils sont unanimes à condamner McDonald's et son attaque de la hausse de la TVA sur la restauration. Surfant sur la mode du «fact-cheking», l'entreprise s'est offert le 30 octobre dernier une pleine plage de publicité au ton ironique pour interpeller le député socialiste Thomas Thévenoud, présenté comme incompétent. Un faux pas très mal perçu des politiques qui n'a pas tourné à l'avantage de l'entreprise. Plus récemment, Sephora s’offre une grande page de publicité dans le Figaro pour défendre son droit d’employer jusqu’à minuit des travailleurs dans son magasin des Champs Élysées. La justice a donné raison à l’entreprise.
Selon Bruno Racouchot, dirigeant de Comès, agence de communication d’influence, il convient de respecter les parlementaires, d'éviter de stigmatiser tel ou tel élu. Le lobbying est, rappelons-le, une action visant à peser sur l’exécutif afin de modifier les normes et les lois à l’avantage d’une entreprise ou d’une organisation. Si, aux Etats-Unis ou au Canada, cette forme d’influence est totalement comprise, acceptée,légitime et encadrée, en France, la situation est bien plus paradoxale. Un consensus fondé sur l’histoire des relations parlementaires existe pour condamner les actions de lobbying mais, en fait, tous les élus s’en accommodent, de l’échelon communal au sommet de l’état. Dans une dernière enquête sur la puissance des francs-maçons qui est une autre forme de lobbying, Le Figaro soulignait l’influence réelle des frères au Palais Bourbon. D’ailleurs il y a comme un passage obligé des différents ministres (toute tendance confondues) venant exposés leurs projets ou leurs thèses et comme attendant d’être adoubés. Hier c’était Xavier Bertrand, Aquilino Morelle, aujourd’hui, Vincent Peillon... Le lobbying est un travail de longue haleine qui réclame de la patience,effectué très en amont des décisions et fondé sur le dialogue, l'information. Si une société prend en catastrophe une page de publicité, c'est que ce travail n'a pas été fait au préalable et qu’il n’y a pas eu de discussion en amont.
Autre exemple. Attaquée, Nutella a également misé sur la publicité pour défendre ses produits. L'huile de palme dont est composée cette pâte à tartiner culte a fait l'objet d'une proposition visant à tripler le montant de sa taxe dans l'examen du budget 2013 de la Sécurité sociale. La marque du groupe Ferrero sait, depuis longtemps, que le Nutella est jugée nocif pour la santé et l'environnement, notamment par les associations de consommateurs. Elle ne s'attendait cependant ni à cette taxe, rejetée depuis, ni à ce que la proposition prenne le nom très accrocheur «d'amendement Nutella».Si Ferrero n’a répondu aux médias que très partiellement, c’est parce que l’entreprise estime que c’est à tout le secteur de l’alimentation de réagir en s’appuyant sur les témoignages de consommateurs, les meilleurs défenseurs du produit. Pour autant Ferrero n’a pas retiré sa campagne de publicité…


Les politiques digèrent mal la pression ?

D'autres vont plus loin que la page de publicité. L’Association des brasseurs de France a lancé une panoplie d'actions pour empêcher le relèvement de la taxe sur la bière : mobilisations des artistes et grands chefs de cuisine signataires d'une pétition, publiée dans Le Monde sous forme de tribune ; publication d'un sondage Ifop expliquant que plus de 85% des Français jugent inefficace pour la santé publique la hausse de la taxation sur la bière ; envoi aux journalistes et aux parlementaires de packs de bouteilles étiquetées «la dernière gorgée de bière» ; appel au soutien de l'Amicale des députés brassicoles… Peine perdue. Les députés ont tranché, la bière sera taxée plus fortement.
Ce type de communication est cependant contre-productif. Comment comprendre qu’une association dépense des sommes considérables pour s’opposer à une taxe et démontre ainsi qu’elle est très riche ? Le politique n'apprécie pas la pression des médias et de l'opinion même si, par ailleurs, il aime fréquenter les cercles de réflexions financé par des entreprises finançant largement colloques et séminaires. Chacun se souvient par exemple des séminaires organisés par Daniel Vial à Lourmarin regroupant le gratin de l’industrie pharmaceutique, ministres de la santé en tête... Le politique n'aime pas faire l'objet d'un lobbying trop puissant et trop voyant même si derrière les fondations ointes de bonnes intentions, se dissimulent des think tank et des lobbys puissants (voir la cartographie du Monde). Les risques d'une opération de communication sont d'autant plus nombreux qu'elle se situe en début de législature et de quinquennat. Idéalement une entreprise se doit de construire une relation ancrée dans la durée avec les décideurs publics. Miser sur le dialogue et la négociation apparaît plus pertinent que des campagnes grand public cristallisant des oppositions.
Les parlementaires de gauche seraient-ils, par ailleurs, particulièrement allergiques aux pressions extérieures? Les mesures envisagées par le député PS Christophe Sirugue, président de la délégation chargée des représentants d'intérêt et des groupes d'étude à l'Assemblée, vont dans ce sens. Pour éviter la défense d'intérêts purement particuliers, il envisage de retirer le badge d'accréditation permanente aux lobbyistes des sociétés Monsanto, Bayer ou Syngenta. Raison invoquée : elles sont parties prenantes d'un sujet sensible, les OGM, sur lesquels les députés pourraient débattre prochainement… Nul doute qu’il faudra bientôt retrié les accréditations de tous les groupes de pressions qui font l’actualité au sens large : Medef, sidérurgie, industries du médicament représentées par le LEEM, industries de la défense, Air Liquide, Air France… (liste ici)
L'affaire des Pigeons, elle aussi, a laissé des traces. Le gouvernement a cédé sous la pression de l'opinion publique avant même que le débat ne gagne l'Assemblée nationale. Un court-circuit du temps parlementaire qui n'a pas ravi les députés. Les politiques vont pourtant devoir s'habituer à cette forme nouvelle de «liketivisme». Ce débat en ligne très puissant est un tournant historique et le premier d'une longue série. Le gouvernement a pris la dimension que, demain, le dialogue avec la société civile ne se fera plus uniquement par la rue ou via des structures organisées. De nouvelles communautés émergent sur le Net et se mobilisent. Les syndicats et organisations professionnelles devraient elles aussi en tenir compte, tout comme les agences qui doivent se doter d'outils de veille performants.

Guérillas digitales
Les professionnels qui n'ont pas fini de décrypter ce cas d'école expliquent cependant qu'il n'aurait pu être aussi puissant sans relais médiatique.Les médias sont aujourd'hui plus que jamais à l'écoute du Web et l’effet Twitter est indéniable. Mais tant que la contestation reste cantonnée au digital, elle n'est pas véritablement dangereuse. La chambre d'écho reste encore aujourd'hui les médias traditionnels. Le plus difficile pour ces guérillas digitales est de justement de trouver des relais dans les grands médias ou auprès d’élus.
La mobilisation des Pigeons consacre quoiqu'il en soit l'avènement de l'opinion, essentielle à toute action de communication d'influence. La mécanique de prise de décision publique se fonde aujourd'hui sur la perception du grand public. Elle s'appuie sur les sondages d'opinion. Plus aucune action de lobbying ne peut être menée sans en tenir compte. Mais ce type d’action vient en complément d’action du lobbying classique dans les bureaux des ministères et opérations de sensibilisation du grand public. Les deux démarches s’inscrivent dans une stratégie globale d’influence.


D'autres vont plus loin que la page de publicité. L'Association des brasseurs de France a lancé une panoplie d'actions pour empêcher le relèvement de la taxe sur la bière : mobilisations des artistes et grands chefs de cuisine signataires d'une pétition, publiée dans Le Monde sous forme de tribune ; publication d'un sondage Ifop expliquant que plus de 85% des Français jugent inefficace pour la santé publique la hausse de la taxation sur la bière ; envoi aux journalistes et aux parlementaires de packs de bouteilles étiquetées «la dernière gorgée de bière» ; appel au soutien de l'Amicale des députés brassicoles… Peine perdue. Les